Le Port de Montréal a conclu 2018 avec un cinquième record annuel d'affilée et ses débardeurs réclament leur dû. Ces derniers ont profité de la traditionnelle cérémonie de remise de la Canne à pommeau d'or, jeudi, pour faire connaître leur mécontentement.

Mis à jour le 4 janv. 2019
JEAN-FRANÇOIS CODÈRE LA PRESSE

Au total, 39 millions de tonnes de marchandises ont transité par le port en 2018, soit 2,5 % de plus que l'année précédente. Ce record, un cinquième de suite, a été atteint malgré un lock-out de huit mois qui a ralenti les opérations de grain.

Au-delà de la performance économique globale de la métropole, qui se reflète inévitablement dans les résultats du Port de Montréal, sa présidente-directrice générale Sylvie Vachon attribue cette croissance à une hausse des échanges avec l'Europe depuis l'entrée en vigueur du traité de libre-échange, au fait que plusieurs transporteurs choisissent maintenant de relier l'Asie à l'est du Canada, plutôt qu'à l'ouest, en empruntant le canal de Suez, et à l'inversion du pipeline d'Enbridge, qui hausse les échanges de produits pétroliers.

Le premier navire transocéanique entré au port en 2019, le Virginiaborg, provenait d'ailleurs d'Europe, plus précisément de Norvège. Son capitaine, l'Ukrainien Volodymyr Yurchenko, a reçu jeudi la 180e Canne à pommeau d'or de l'histoire. Il s'est dit « sous le choc » au moment où il a appris sa victoire, ignorant manifestement jusque-là l'existence de ce prix.

« Je ne pensais jamais participer à un événement aussi prestigieux », a-t-il déclaré jeudi.

Vote de grève des débardeurs

Pour sa part, le Syndicat des débardeurs a fait connaître mercredi le résultat d'un vote de grève tenu le 16 décembre dernier, dans le contexte de l'échéance de sa convention collective survenue au tournant de l'année.

Ses quelque 1100 membres se sont prononcés à 99,49 % en faveur de la grève. Fait à noter, ce vote n'a maintenant qu'une portée symbolique puisque, deux jours après sa tenue, le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) a convoqué le syndicat et l'Association des employeurs maritimes (AEM) à une audience les 4 et 15 février prochain, à la suite d'une requête de l'AEM, afin de déterminer quels seraient les services essentiels à assurer en cas de conflit.

Il est impossible pour le syndicat de déclencher une grève avant la décision du CCRI et son vote n'est valable que pour 60 jours.

« Au moment où on l'a fait, il n'était pas symbolique, a tenu à rappeler jeudi le conseiller syndical Michel Murray. On en refera un autre en février et je suis convaincu que le résultat sera le même. »

Les débardeurs veulent notamment modifier leurs horaires, qui les obligent actuellement à être disponibles 19 jours sur 21.

« Avec les volumes actuels dans le port, la grande majorité de nos membres travaillent ces 19 jours et n'ont donc que deux journées de congé par trois semaines. »

- Michel Murray

Les débardeurs n'apprennent en outre leur horaire du jour que la veille au soir actuellement, ce qui complique la conciliation travail-famille.

Ils souhaitent aussi, sur d'autres fronts, reprendre du terrain cédé lors des négociations précédentes.

« Les dernières négociations se sont passées sous le gouvernement Harper et la ministre Lisa Raitt disait carrément au syndicat, devant l'employeur, qu'il ne devrait même pas s'aviser d'obtenir un vote de grève, sans quoi il y aurait immédiatement une loi spéciale, indique M. Murray. L'employeur en a profité pour passer la tronçonneuse.

« Là, on dit : vous en avez profité, vous vous êtes même gavés, maintenant que le port fonctionne bien, nous voulons ravoir notre part. Nous sommes conscients que Trudeau n'est pas du genre à se mêler de négociations privées. »