Boeing pourrait risquer gros si les problèmes de son dernier né, le 787 «Dreamliner», continuent alors que le constructeur américain a placé cet avion innovant et économe en carburant au centre de sa stratégie, mais les analystes sont confiants pour le long terme.

Mis à jour le 16 janv. 2013
Véronique Dupont AGENCE FRANCE-PRESSE

Prenant le contre-pied du géant A380 d'Airbus, Boeing a conçu le 787 comme un avion flexible, capable d'opérer sur des longs-courriers transatlantiques ou transpacifiques, mais surtout plus économe en carburant grâce à une conception très innovante et à une part inédite de matériaux composites plus légers.

«Le futur de Boeing est lié au 787», admet Michael Boyd, expert du Boyd Group, interrogé par l'AFP.

Or, cet avion vitrine des technologies avancées du groupe de Chicago souffre depuis son lancement de problèmes techniques à répétition qui ont entraîné plus de trois ans de retard sur sa première livraison, à la compagnie ANA.

Après une relative période d'accalmie au cours de laquelle le groupe s'est focalisé sur l'augmentation de ses cadences de production, les avaries se sont récemment accélérées avec sept incidents en deux semaines.

«Les coups pleuvent sur le 787», remarque Deutsche Bank, dans une note d'analystes.

Pour Loren Thompson, du cabinet de conseil spécialisé Lexington Institute, les incidents rencontrés (début d'incendie, fuite de carburant, bris de glace dans la cabine de pilotage...) «n'ont pas produit de dégâts importants ni entraîné de décès et s'apparentent donc aux problèmes qui affectent tous les nouveaux avions».

Toutefois, la décision des régulateurs américains de lancer une enquête sur ces avions et celle des compagnies japonaises de clouer au sol leurs appareils, qui représentent près de la moitié de la flotte de 50 787 en circulation dans le monde, «pourraient peser sur les ventes» futures et sur «le cours de l'action», a-t-il ajouté, interrogé par l'AFP.

L'action du groupe chutait de plus de 3% à 74,36 dollars à la mi-séance. Elle a perdu 3,5% depuis le début de l'année.

Les compagnies qui ont commandé le 787 n'ont pour la plupart pas changé leurs plans depuis la récente série d'incidents mais l'an dernier, le carnet de commandes de l'avion a baissé de 12 unités.

«Avec des données disponibles limitées et ANA et Japan Airlines qui clouent au sol leurs flottes, nous pensons que l'attention des investisseurs va naturellement se porter vers les scénarios du pire», ajoute la banque Barclays dans une note.

Pour Barclays, cela comprend «le coût potentiel des réparations qui pourraient être requises pour assurer la confiance des clients dans l'avion, de possibles annulations ou reports de commandes, avec les conséquences que cela aurait sur la trésorerie de Boeing et ses résultats».

Alors que le groupe tente d'accélérer sa cadence de production (il fabrique actuellement cinq 787 appareils par mois et prévoit de monter à dix d'ici la fin de l'année), la série noire de Boeing, si elle se prolonge, pourrait perturber la chaîne d'approvisionnement.

Si les dizaines de sous-traitants qui contribuent à la fabrication éclatée en multiples sites du 787 dans le monde se retrouvent à leur tour sur la sellette, notamment au Japon, cela pourrait ralentir le rythme de fabrication, note Barclays, qui estime cependant que «les pires scénarios sont peu probables».

Pour Michael Boyd, Boeing va peut-être aussi devoir «payer des dommages et intérêts» au compagnies clientes si les livraisons sont trop en retard, ou s'il y a des défauts prouvés.

Mais «même si le 787 est actuellement au centre d'une attention intense», tous «ces problèmes vont passer très vite», estime-t-il.

Selon lui, les clients de Boeing s'attachent surtout aux bénéfices opérationnels qu'ils attendent du 787 en termes de coûts, et notamment d'économies en carburant.