La direction d'Airbus persiste et signe : le succès retentissant remporté par l'A320 Neo au cours du Salon aéronautique du Bourget montre les limites de la CSeries.

Marie Tison LA PRESSE

«J'ai déjà dit que cet appareil n'avait pas beaucoup d'avenir, a déclaré le chef de l'exploitation et directeur commercial d'Airbus, John Leahy, à l'issue de la conférence de presse finale du géant européen au salon du Bourget hier. Le marché le démontre.»

Airbus a littéralement volé la vedette pendant le salon en annonçant la vente de 730 appareils, d'une valeur de 72 milliards de dollars US. La famille A320 Neo, qui comprend aussi l'A319 et l'A321, a notamment fait l'objet de 667 commandes. Six mois après le lancement du A320 Neo, la version remotorisée de l'A320, son carnet de commandes comprend maintenant 1029 inscriptions.

«Je ne pensais pas que l'appareil deviendrait un tel best-seller en six mois, a déclaré le président et chef de la direction d'Airbus Tom Enders, au cours de la conférence de presse. Si nos collègues de Seattle pensent encore que l'A320 Neo ne fait que se hisser au niveau de performance du Boeing 737, c'est qu'ils en fument du bon à Seattle.»

Boeing, qui n'a toujours pas décidé si elle re-motorisera le 737 et si elle lancera un tout nouvel appareil, a dû se contenter de commandes pour 142 avions, d'une valeur de 22 milliards US, dont 67 appareils 737.

Pour sa part, Bombardier a profité du salon pour annoncer la vente de 14 biréacteurs d'affaires Global et 20 appareils de la CSeries. Le carnet de commande de cette nouvelle famille d'appareils de 110 à 130 places compte maintenant 123 inscriptions, si on inclut les 10 appareils qui font l'objet d'une lettre d'entente avec Korean Air.

Cela n'a pas impressionné M. Leahy, le «vendeur en chef» d'Airbus.

«Cet avion a été lancé il y a trois ans, et regardez le nombre de commandes, a-t-il déclaré aux journalistes. Si c'était mon programme, je penserais à le redessiner ou à le laisser tomber.»

Le président de Bombardier Avions commerciaux, Gary Scott, n'a pas voulu se montrer impressionné.

«Nous sommes très heureux avec le design de la CSeries, et nos clients aussi, a-t-il déclaré aux journalistes. Je voudrais rappeler à John (Leahy) qu'elle consomme 12 % de moins que l'A319 Neo, beaucoup plus lourd.»

Il a également rappelé à «John» que le programme de la CSeries comptait sensiblement le même nombre de commandes que l'A320 lorsque celui-ci se trouvait au même stade de développement.

«Nos commandes sont en progression, a soutenu M. Scott. Nous avons un bon élan, nous avons beaucoup d'intérêt, nous avons tout vendu pour 2014 et 2015 et presque tout pour 2016. Nous sommes présentement à vendre des appareils pour 2017 et 2018, mais les transporteurs ne sont pas prêts à acheter beaucoup d'avions au-delà de cette période. Les commandes vont croître lorsque nous nous rapprocherons de ces dates.»

M. Enders s'est montré moins catégorique que John Leahy au sujet de l'avenir de la CSeries.

«Je ne dirais pas que nous avons écrasé la compétition des joueurs émergents, mais nous l'avons contenue, a-t-il déclaré à La Presse Affaires après la conférence de presse. Il était un peu prématuré de parler de la fin du duopole Airbus-Boeing.»

Il a ajouté qu'il restait de l'espace pour les nouveaux joueurs dans différents créneaux en raison de l'intense croissance dans le monde.