Pratt & Whitney considère sérieusement la possibilité de faire assembler à Mirabel le moteur qui équipera l'Airbus A320 Neo. Un coup de pouce de Québec ne nuirait pas.

Marie Tison LA PRESSE

> Suivez Marie Tison sur Twitter

«Je suis certain que le gouvernement du Québec offrira des incitatifs, compte tenu de ce qu'ils nous ont offert pour le moteur PW800», a déclaré le président de Pratt & Whitney, David Hess, en marge d'une séance d'information organisée à l'intention des journalistes, hier matin, au Salon aéronautique du Bourget.

«Nous aurions à agrandir l'usine, mais comme celle-ci a été conçue pour permettre un agrandissement, le coût ne serait pas prohibitif», a-t-il ajouté.

Le ministre québécois du Développement économique, Clément Gignac, n'a pas voulu faire de commentaires précis sur d'éventuelles négociations avec Pratt & Whitney.

«Si on vient cogner à notre porte pour une expansion à Mirabel, c'est évident que nous allons regarder ça, a-t-il toutefois ajouté au cours d'une entrevue avec La Presse Affaires. Mais nous étudions les projets au mérite : ça prend des retombées économiques, de la création de richesse.»

En octobre 2008, le gouvernement du Québec s'est engagé à verser 141,9 millions de dollars à Pratt & Whitney Canada (P&WC) pour l'établissement d'une usine à Mirabel afin d'y assembler le moteur de la CSeries et la famille de moteurs PW800.

M. Hess a indiqué que le moteur qui équipera l'A320 Neo sera assemblé dans quelques endroits, soit probablement un en Europe, un en Chine et un en Amérique du Nord.

«Mirabel est un candidat», a-t-il déclaré.

Il a toutefois noté que l'usine de Mirabel aura déjà beaucoup de travail avec l'assemblage du moteur de la CSeries, qui a d'ailleurs effectué son premier essai en vol lundi.

Le président de P&WC, John Saabas, a affirmé que la décision de la société mère tiendra compte des coûts de production et de la qualité de la main-d'oeuvre de chaque usine, mais aussi de l'aspect politique, soit la proximité des clients.

Il a indiqué que P&WC ne faisait pas de pression présentement pour obtenir ce mandat, mais qu'elle entendait démontrer ses capacités avec le moteur de la CSeries.

«Les faits parleront d'eux-mêmes, a-t-il déclaré au cours d'une entrevue avec La Presse Affaires. De toute façon, la décision n'est pas pour demain.»

D'autres projets

Entre-temps, P&WC a du pain sur la planche avec d'autres projets, à commencer par le développement d'un nouveau turbopropulseur pour des avions régionaux plus gros que les appareils de 70 places que construisent actuellement Bombardier et ATR.

«Nous approchons tous les avionneurs pour en discuter, a déclaré M. Saabas. Il y en a sept ou huit qui se sont montrés intéressés.»

P&WC pourrait cependant faire face à la concurrence de GE, qui voudrait ainsi pénétrer le marché des turbopropulseurs.

«Ils ont une certaine technologie, des capacités, mais nos moteurs ont accumulé 250 millions d'heures de vol», a répliqué M. Saabas.

P&WC veut également développer un moteur pour des hélicoptères plus gros que ceux qu'elle propulse actuellement.

L'entreprise a une autre tâche importante devant elle : trouver un client pour le PW800, un moteur qui devait équiper le Columbus de Cessna, un projet abandonné en raison de la crise économique.