La rémunération des dirigeants des banques canadiennes doit demeurer sous la loupe de leurs actionnaires malgré l'instauration depuis deux ans de «votes consultatifs» à ce sujet lors des assemblées annuelles, constatent des organisations de surveillance des droits d'actionnaires.

Publié le 19 mars 2011
Martin Vallières LA PRESSE



Car en dépit des votes qui ont lieu en ce début de saison des assemblées d'actionnaires, la rémunération des principaux banquiers demeure d'une ampleur et d'une complexité considérables par rapport aux autres entreprises canadiennes.

Pression publique

«L'aspect positif de ces votes consultatifs, c'est qu'ils ont ajouté de la pression publique sur les administrateurs et les hauts dirigeants des banques et des entreprises. En contrepartie, les actionnaires se retrouvent à voter de façon générale sur des politiques de rémunération qui sont encore très difficiles à comprendre et à comparer», signale Yvan Allaire, président de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques.

Du côté du MEDAC, le Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires, on déplore aussi la complexité des politiques de rémunération sur lesquelles les actionnaires peuvent se prononcer, surtout parmi les banques.

Néanmoins, on estime que ces votes consultatifs, surnommés «say-on-pay» dans le milieu financier, représentent un gain significatif pour les actionnaires. D'autant qu'ils auraient motivé nombre d'investisseurs d'importance, tels les gestionnaires de caisses de retraite, à publiciser davantage leurs votes lors des assemblées annuelles.

>>>>Consultez notre tableau sur la rémunération des présidents de banques

Sur la bonne voie

Pour des organisations comme le MEDAC, l'implantation des votes consultatifs sur la rémunération des dirigeants a permis de faire progresser le débat vers des éléments plus spécifiques.

C'est ainsi que le concept de «ratio d'équité» entre la rémunération du président d'une banque et la moyenne parmi ses employés s'est hissé en tête de liste des propositions d'actionnaires qui sont discutées ces semaines-ci lors des assemblées annuelles des banques, avant de transiter vers les grandes entreprises canadiennes.

«Comme pour les sujets précédents, c'est dans le secteur bancaire que nous avons d'abord introduit les propositions liées au ratio d'équité parce que c'est là que nous observons les écarts les plus importants entre la rémunération du président et la moyenne parmi les employés», explique Louise Champoux-Paillé, responsable des propositions d'actionnaires au MEDAC.

Selon ses calculs, l'écart moyen parmi les sept principales banques s'est établi à 102 fois le salaire moyen des salariés lors de leur exercice 2010.

Aussi, les variations demeurent considérables d'une banque à l'autre, la palme revenant à la Banque Scotia.

Les deux banques sous direction québécoise, la Nationale et la Laurentienne se distinguent avec un ratio d'équité respectif de 54 fois et de 29 fois entre la rémunération de leur président et le coût moyen de leurs employés.

En comparaison, ce ratio s'élève à 209 fois le salaire moyen à la Banque Scotia et à 132 fois à la Banque Toronto-Dominion.

>>>>Consultez notre tableau sur la rémunération des banquiers

«Déraisonnable»

«De tels multiples sont complètement déraisonnables. C'est pourquoi nous avons soumis des propositions d'actionnaires à ce sujet afin d'inciter les banques et les grandes entreprises à justifier de tels écarts de rémunération», indique Mme Champoux-Paillé.

À ce jour, toutefois, ces propositions présentées en assemblée annuelle ont obtenu un appui limité de la part des actionnaires.

Mais en coulisse, selon Yvan Allaire, cela fait partie des sujets qui motivent des discussions particulières entre les actionnaires d'importance comme les caisses de retraite et les dirigeants des entreprises où ils sont investis.

«Si des actionnaires d'importance d'une entreprise se mettent à critiquer des éléments de sa politique de rémunération, ça se discute de plus en plus en privé avant l'assemblée annuelle. Les administrateurs veulent ainsi réduire le risque d'un vote trop peu favorable ou, pire, négatif lors de la prochaine assemblée d'actionnaires.»

Le rôle de la Caisse de dépôt

C'est d'ailleurs la tactique d'intervention privilégiée par la Caisse de dépôt et placement, qui gère l'un des plus gros portefeuilles canadiens de titres d'entreprises cotées en Bourse.

«Les votes que la Caisse exerce lors des assemblées d'actionnaires, c'est important et c'est pourquoi nous les divulguons», indique Maxime Chagnon, porte-parole de la Caisse.

«En parallèle, la Caisse est très proactive avec des dialogues directs avec les dirigeants d'entreprises. Et ça se passe beaucoup avant les assemblées d'actionnaires dès qu'on identifie un problème de gouvernance.»