Le marché des produits structurés a crû de façon exponentielle durant les années 2000 et les banques ont réalisé des profits importants en mettant au point et en structurant ces nouveaux produits. Les problèmes de la récente crise ont débuté lorsque les banques américaines ont titrisé leurs prêts hypothécaires subprimes. Il est aussi bien documenté que les agences de notation ont commis des erreurs de notation. De plus, la tarification de ces produits ne tenait pas compte du risque systémique. Les régulateurs et les banques centrales n'ont ni anticipé ni remarqué ces problèmes.

Georges Dionne, collaboration spéciale LA PRESSE

Pourquoi des investisseurs ont-ils acheté des produits structurés risqués? Avant 2007, il y avait très peu de défauts des produits structurés et pas de raison apparente d'inquiétude. Par contre, comme les taux d'intérêt devenaient très bas, les investisseurs ont été attirés par les rendements offerts par les produits structurés, dont les AAA. Même si ces produits offraient toujours des rendements un peu plus élevés que les actifs de court terme traditionnels, ils n'ont pas compensé de façon adéquate les investisseurs pour les risques encourus, les prix et les notations ne reflétant pas l'exposition au risque systémique de ces produits.

Plusieurs investisseurs ont perdu des sommes importantes durant la crise financière, en n'appliquant pas les principes de base de la gestion des risques. Dans plusieurs organisations, l'attention accordée à la gestion des risques semble être cyclique, atteignant des sommets après les crises.

Avant la crise financière, la sous-estimation des risques de défaut et de liquidités des nouveaux produits financiers structurés signalait une mauvaise gestion des risques. Les investisseurs ont donc acheté ces produits financiers complexes comme s'ils étaient des produits standards, sans qu'il n'y ait d'analyse des risques réels que représentaient ces produits. La fonction de gestion des risques est apparue caduque pour la haute direction de plusieurs fonds et entreprises, qui ont pratiquement délégué leurs analyses du risque de crédit aux agences de notation. Plusieurs leçons doivent être retenues de cette crise.

Pour le système de la finance structurée, les émetteurs de produits structurés doivent être plus responsables. Ils doivent conserver une fraction importante des paniers de prêts qu'ils émettent; peut-être la tranche complète d'équité et une fraction des tranches plus seniors en présence de corrélation des risques entre les tranches. Cela devrait résulter, pour les banques, en une augmentation de l'incitation à appliquer une meilleure gestion des risques dans l'émission des prêts.

Nous avons besoin d'une plus grande transparence dans le découpage des produits structurés. Les participants au marché doivent pouvoir dupliquer la composition des produits structurés. Des bases de données publiques doivent être disponibles pour étudier la composition de ces produits. La complexité croissante des produits financiers structurés représente des défis majeurs en ce qui a trait à la gestion efficace et à la dissémination de l'information. Plus de transparence s'avère donc indispensable dans les marchés.

La notation de ces produits requiert aussi plus de transparence. Tout bon chercheur ou investisseur est en mesure de valider les notations des obligations standards parce que les données sont disponibles et les méthodes de notation peuvent être dupliquées. Cela devrait être vrai pour les produits structurés.

Des changements institutionnels dans plusieurs pays sont nécessaires pour renforcer l'indépendance ou réduire la vulnérabilité face aux externalités des marchés internationaux. Les institutions financières doivent collaborer avec les agences de réglementation afin de mieux protéger leurs clients.

Pour les investisseurs, la haute direction et le conseil d'administration des entreprises doivent faire reposer davantage leurs décisions d'investissement sur la gestion des risques. Ils doivent utiliser l'information détaillée sur la gestion intégrée des risques de leur entreprise. Le conseil d'administration doit être composé de personnes qui comprennent les risques des produits structurés. Le comité de gestion des risques doit être très actif dans la surveillance des risques de la firme. L'appétit du risque des hauts dirigeants doit être défini, connu et suivi par le conseil d'administration et la rémunération de ces dirigeants doit être basée sur des résultats de long terme.

Le CRO (VP senior de la gestion des risques ou équivalent) doit jouer un rôle décisionnel plutôt que se limiter à une surveillance passive de mesure et d'analyse des risques. Il doit se rapporter au PDG et rencontrer périodiquement le conseil d'administration.

Ces recommandations peuvent paraître difficiles à appliquer pour les investisseurs du marché monétaire devant gérer un grand nombre d'actifs de courte maturité. Une gestion des risques adéquate s'avère encore plus cruciale pour ces investisseurs. Au besoin, de nouvelles formes d'analyse du risque doivent être conçues en collaboration avec des agences indépendantes et transparentes, exemptes de toute situation de conflit d'intérêts.

En résumé, plus de vérification diligente par rapport au risque est nécessaire.

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Georges Dionne est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion des risques à HEC Montréal.