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Bernanke et le PDG de Bank of America sur la sellette

Kenneth Lewis, PDG de Bank of America... (Bloomberg)

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Kenneth Lewis, PDG de Bank of America

Bloomberg

Charlotte Raa
Agence France-Presse
New York

Le PDG de Bank of America, Kenneth Lewis, et le président de la banque centrale américaine, Ben Bernanke, se sont retrouvés jeudi dans une position inconfortable, après la révélation des dessous de la reprise de la banque d'affaires Merrill Lynch et de ses pertes colossales.

Intimidation, menaces, secret: la lettre de cinq pages adressée jeudi par le ministre de la Justice de l'État de New York, Andrew Cuomo, aux parlementaires et aux autorités boursières (SEC) pour raconter quelques jour de décembre qui auraient pu replonger les marchés financiers en plein chaos, se lit comme un roman.

La lettre de M. Cuomo repose essentiellement sur le témoignage fourni par M. Lewis, qui dirige d'une main de fer la première banque américaine par les actifs, mais est aujourd'hui critiqué pour l'effondrement du cours de bourse qui a suivi l'achat de Merrill Lynch.

M. Lewis y révèle que l'ancien secrétaire au Trésor, Henry («Hank») Paulson, avait menacé de débarquer les dirigeants de Bank of America au cas où ceux-ci décideraient de renoncer à l'acquisition de la banque d'affaires.

Le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke est accusé quant à lui, comme M. Paulson, d'avoir demandé et obtenu le secret sur les comptes de Merrill Lynch, tenant non seulement les actionnaires mais même la SEC dans l'ignorance.

D'après le témoignage de M. Lewis, M. Paulson lui aurait dit, au moins en substance: «nous remplacerons le conseil d'administration et la direction» s'ils invoquaient une clause permettant de renoncer à la fusion des deux banques, annoncée le 15 septembre.

«'Je lui ai dit, Hank, baissons d'un ton, laisse-moi parler à notre conseil d'administration'. Et la réaction du conseil, ça a été: 'ok, allons-y, il y aurait un risque'« pour le système financier sinon, rapporte encore M. Lewis.

Ces conversations auraient eu lieu le 21 décembre, dix jours avant la finalisation de la fusion controversée.

L'opération avait été approuvée le 5 décembre par les actionnaires de Bank of America. «Certains cadres» de Bank of America étaient déjà au courant des pertes de Merrill Lynch, qui ont fini par atteindre 15,8 milliards de dollars entre octobre et décembre. M. Lewis en avait été informé le 14 décembre.

Il avait alors alerté les autorités pour leur expliquer que, dans ces conditions, il serait préférable de renoncer à fusionner.

La justice confirme que, selon M. Lewis, c'est à la demande de la Réserve fédérale et du Trésor que l'étendue réelle des pertes de Merrill Lynch est restée confidentielle. Toutefois, M. Lewis lui-même a expliqué à son conseil que, «bien sûr», il ne fallait pas révéler l'étendue du désastre.

Ce témoignage est rendu public alors que la banque fait depuis le 21 janvier l'objet d'une procédure judiciaire conduite par des actionnaires, qui reprochent aux dirigeants plusieurs «omissions» et déformations de la vérité.

Un grand actionnaire, le fonds d'investissement CtW Investment, a réagi à ces révélations en réclamant l'éviction de M. Lewis et des deux autres responsables du conseil, lors de l'assemblée générale de mercredi.

M. Lewis a publiquement expliqué à plusieurs reprises qu'il avait décidé de procéder malgré tout à la fusion parce que, selon les autorités américaines, un échec risquait de semer une nouvelle fois le chaos sur les marchés.

Pour l'y aider l'Etat avait porté ses apports de fonds propres à BofA de 25 à 45 milliards de dollars.

Lundi, Bank of America a expliqué que Merrill Lynch avait contribué pour plus de 3 milliards de dollars à son bénéfice trimestriel, nettement supérieur aux prévisions avec 4,2 milliards de dollars.

A M. Cuomo, M. Lewis a expliqué que les actionnaires sortiraient gagnants de l'opération à un horizon «de deux à trois ans».

La fusion entre Bank of America et Merrill Lynch, autrefois l'une des plus prestigieuses banques d'affaires de Wall Street, avait été annoncée le 15 septembre, le jour même de la faillite de Lehman Brothers qui avait précipité la finance mondiale dans la tourmente.

«C'est une opportunité stratégique qui n'arrive qu'une fois dans sa vie», jubilait alors M. Lewis.




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