Les primes ont bondi de 22% chez Investissement Québec (IQ) pour atteindre presque 4 millions au cours de l'exercice 2017-2018, une période marquée par une forte croissance du nombre de cadres au sein de la société d'État.

Julien Arsenault LA PRESSE CANADIENNE

Selon des données obtenues par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, plus de la moitié de cette somme a été partagée entre les cadres, les vice-présidents, ainsi que le président-directeur général, Pierre Gabriel Côté.

Les 14 vice-présidents ont touché 881 393 $, en hausse de 68% par rapport à l'exercice précédent, alors que les 88 gestionnaires ont reçu 1,14 million, ce qui constitue une hausse de 30% sur un an. M. Côté a par ailleurs vu sa prime grimper de 3%, à 62 285 $.

IQ avait initialement refusé de dévoiler ces données, affirmant qu'elles seraient divulguées l'an prochain, lors de l'étude des crédits budgétaires et disant vouloir éviter «les écarts entre les sommes divulguées lors du dépôt du rapport annuel et les sommes réellement versées aux employés».

Le quotidien Le Soleil, qui avait transmis une demande semblable à celle de La Presse canadienne, a publié un article vendredi sur le refus de la société d'État. Cela a incité le cabinet de la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, à forcer la main à IQ, qui a finalement transmis les données, soulignant toutefois qu'elles n'étaient pas officielles.

«Si nous ne souhaitions pas divulguer l'information, c'est par souci d'exactitude et non dû à un manque de transparence», a écrit la société d'État dans sa réponse.

Explosion des cadres

Au cours du dernier exercice, IQ a vu son nombre de gestionnaires grimper de 72,5%, à 88 postes. Sans surprise, cela a fait exploser de 55% la masse salariale de ses gestionnaires, qui s'est établie à 14,3 millions.

La société d'État a attribué cette croissance du nombre de cadres et de gestionnaires à une «démarche de transformation» visant à «se donner les moyens de jouer pleinement son rôle» pour accélérer le développement économique de la province.

«Notre équipe de gestionnaires est composée de joueurs agiles, imputables et impliqués dans l'action, qui savent communiquer, accompagner et développer leurs équipes», écrit IQ dans sa réponse transmise à La Presse canadienne.

Le bras financier de l'État québécois a également voulu tempérer l'augmentation des primes versées, estimant qu'elles demeuraient «relativement stables par employé, compte tenu de l'augmentation (de l'effectif)».

Si le nombre de vice-présidents a bondi de 55%, à 14 personnes, la moyenne de la prime versée a été d'environ 63 000 $, ce qui constitue une hausse de 7,95%, est-il indiqué.

«Le ratio des frais de gestion d'IQ a été de 1,23% en 2018, alors que la moyenne des sociétés comparables se situe à 1,7%», a écrit la société d'État.

Bénéfice en hausse

En ce qui a trait à l'exercice 2017-2018 terminé le 31 mars dernier, IQ a généré un résultat net de 264 millions, en hausse de 21,7%. Cette performance est toutefois largement attribuable à la vente de vieilles actions de la papetière Domtar et d'autres actifs liés au programme d'immigrants investisseurs.

Abstraction faite de ces éléments exceptionnels totalisant près de 66 millions, la société d'État a plutôt affiché un résultat ajusté de 170 millions, en progression de trois pour cent comparativement à l'exercice 2016-2017. Son rendement des capitaux propres a été de 5,3%, tandis qu'il s'élevait à 5,5% lors de l'année financière précédente.

«Pour l'exercice, IQ a annoncé des résultats records et l'élimination complète du déficit accumulé qui figurait aux états financiers depuis 2011», a souligné le bras financier du gouvernement.

D'après la société d'État, sa situation financière actuelle lui permettrait, pour la première fois depuis sa fusion avec la Société générale de financement, en 2011, de verser un dividende à son unique actionnaire - Québec.

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Primes versées en 2017-2018 chez IQ

• Le président-directeur général: 62 285 $ (+3%)

• Les 14 vice-présidents: 881 392 $ (+68%)

• Les 88 gestionnaires: 1,14 million (+30%)

• Les employés syndiqués et non syndiqués: (+6%)

• Total: 3,94 millions (+22%)