À ses débuts en 2012, C2 Montréal voulait s'affranchir de ses subventions gouvernementales en cinq ans. Sept éditions plus tard, la conférence montréalaise reçoit toujours 1,9 million par an des gouvernements. C2 Montréal justifie notamment ces subventions par l'impact de l'événement sur l'économie du Québec, mais deux économistes consultés par La Presse estiment que la mesure de cet impact est exagérée.

Mis à jour le 25 mai 2018
Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

« La volonté de 2012 était de ne pas avoir une dépendance et une survie associées à des subsides gouvernementaux, qui représentaient 40 % de notre budget », dit Richard St-Pierre, président de C2 Montréal. En 2012, C2 Montréal a reçu 2,9 millions en subventions sur un budget de 7,7 millions. En 2017, elle a reçu 1,9 million d'Ottawa, Québec et Montréal sur un budget de 12,3 millions, soit 15 % de son budget. « Nous avons coupé la part des subventions plus que de moitié », dit M. St-Pierre.

À Québec, les subventions à C2 Montréal sont assurées pour les cinq prochaines années. En vertu d'une entente avec deux ministères, C2 Montréal a reçu immédiatement le versement de ses subventions provinciales pour les cinq prochaines années (éditions 2018 à 2022) : 5 millions de dollars, soit 1 million par an.

C2 Montréal dit vouloir « pérenniser la relation avec le gouvernement ». « Nous sommes un organisme sans but lucratif, chaque dollar reçu est réinvesti dans l'événement, dit Richard St-Pierre. Le traitement des dossiers [...] mettait à risque l'événement année après année. Ça a beau être à peine 15 % [du budget], si les fonds ne sont pas là, on ne pouvait pas continuer de cette façon-là. Nous sommes un événement international qui fait rayonner Montréal, on prouve qu'il y a des retombées associées [à l'événement]. »

C2 Montréal réfute le terme « subventions », préférant parler de « partenariats ». « Chaque partenaire, privé ou public, a une série d'activités qui lui sont propres, soutient Richard St-Pierre. Aucun n'achète que de la visibilité à C2. » Le gouvernement du Québec qualifie ces versements de subventions.

UN CALCUL D'IMPACT ÉCONOMIQUE CRITIQUÉ

C2 Montréal justifie notamment ses subventions par sa contribution à l'économie du Québec, chiffrée à 167,5 millions dans sa dernière étude des impacts économiques réalisée par PwC pour l'édition 2017. Un chiffre qui n'est pas réaliste, selon deux professeurs d'économie consultés par La Presse.

Pour en arriver à 167,5 millions, l'étude calcule le budget d'exploitation de l'événement de 12,1 millions, les dépenses touristiques de 3,6 millions, et 151,1 millions de dollars de contrats conclus par des « organisations québécoises résultant de leur participation » à C2 Montréal.

Un détail important : sur les 151,1 millions de contrats conclus par des organisations québécoises, on ne connaît pas la valeur des contrats conclus entre deux organisations québécoises.

Le professeur d'économie émérite à l'Université de Montréal et chercheur au CIRANO François Vaillancourt sourcille à l'idée de comptabiliser des contrats entre deux entreprises québécoises comme impact économique.

« Est-ce que deux entreprises québécoises auraient conclu un contrat de toute façon ? S'il fallait que le gouvernement subventionne un événement pour aider Metro à trouver des producteurs d'oeufs québécois, on trouverait que ça semble peu utile. Pour les contrats à l'étranger, il y a une plus grande logique », indique François Vaillancourt.

Avec 7000 participants provenant d'une soixantaine de pays, C2 Montréal estime être un « bon catalyseur » de rencontres entre entreprises.

Autre détail : C2 Montréal n'utilise pas la méthode uniforme exigée par Tourisme Québec pour calculer l'impact économique lié aux dépenses d'exploitation de l'événement (12,1 millions) et aux dépenses touristiques (3,6 millions). 

« C2 Montréal est un événement différent d'un festival. C'est la raison pour laquelle nous avons inclus des impacts économiques différents, [dont] la valeur des transactions [conclues à C2] », dit Nathalie Sinclair-Desgagné, directrice, pratique économique pour le Québec, chez PwC Canada, qui a réalisé l'étude pour C2 Montréal.

Dans son étude, C2 Montréal soutient ainsi que chaque dollar de subvention rapporte 8,68 $ aux gouvernements. Une conclusion « suspecte », dit Amine Ouazad, professeur d'économie à HEC Montréal. « Ce multiple de 8,7 n'est pas réaliste. Il y a des problèmes méthodologiques dans cette étude. En matière d'investissements publics, les économistes les plus pessimistes parlent en général d'un multiple de 1, et les économistes les plus optimistes, d'un multiple de 3 pour certaines dépenses comme les infrastructures », dit le professeur Ouazad.

« C'est un [multiple] très élevé parce que l'événement est différent, donc nous avons inclus des impacts économiques différents. C'est un événement unique, on ne peut pas le comparer à un investissement en infrastructures », dit Nathalie Sinclair-Desgagné, de PwC.

C2 International, un petit frère à but lucratif

C2 Montréal, une idée du publicitaire québécois Jean-François Bouchard (Sid Lee), est un organisme sans but lucratif. Mais en 2015, C2 International, une entreprise distincte à but lucratif, a été créée afin d'organiser les événements internationaux de C2 (la première édition de C2 Melbourne aura lieu l'automne prochain). C2 International est la propriété de l'agence de publicité Sid Lee et de son propriétaire japonais Kyu. À Montréal, C2 International organise aussi le sommet mondial sur la mobilité durable Movin'On, qui a lieu sur le même site que C2 Montréal, mais une semaine plus tard. C2 Montréal et C2 International partagent certaines dépenses, notamment des employés. C2 précise que ses vérificateurs financiers (PwC) valident la conformité des dépenses des deux entreprises, ce que confirme le gouvernement du Québec. Les deux entreprises signent aussi des contrats ensemble : C2 Montréal, propriétaire de la marque de commerce C2, l'a accordée sous licence à C2 International pour 140 000 $ cette année.