Reshoring: de Plessisville à la Caroline-du-Nord

En relançant la fabrication de chaussettes aux États-Unis,... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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En relançant la fabrication de chaussettes aux États-Unis, le Québécois Michael Penner, 45 ans, mise sur l'avenir de son entreprise, Bonneterie Richelieu.

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Sylvain Larocque
La Presse

(HILDEBRAN, Caroline-du-Nord) Dans une vieille usine de cette ville de 2000 habitants, Michael Penner voit l'avenir de l'industrie nord-américaine du textile.

L'entreprise de cet Anglo-Québécois de 45 ans, Bonneterie Richelieu, investit plus de 8 millions US pour ressusciter la production de chaussettes dans ce bâtiment industriel où les dernières paires avaient été fabriquées en 2007. «Ce sera une renaissance complète», lance M. Penner. Le projet doit créer 50 emplois d'ici la fin de l'année et plus de 150 autres au cours des 4 prochaines années.

C'est au milieu des années 2000 que cet avocat est devenu homme d'affaires. Il a racheté Richelieu de son père Harvey, qui avait lui-même acquis l'entreprise de la célèbre famille Simard dans les années 90. La firme a été fondée à Sorel en 1934.

Au début des années 2000, Richelieu exploitait des usines à Plessisville, Pintendre et Cornwall. La dernière a fermé en 2007, incapable de résister plus longtemps à la concurrence asiatique.

Richelieu s'est réinventée comme concepteur, importateur et distributeur de chaussettes. L'entreprise fait fabriquer ses produits par des sous-traitants en Chine, au Mexique, en Turquie et au Cambodge.

En 2011, Richelieu a racheté pour 7 millions US les actifs d'International Legwear Group (ILG), qui possédait l'usine désaffectée de Caroline-du-Nord, transformée en centre de distribution pour les chaussettes importées. En quelques années, Michael Penner et son équipe ont redressé l'entreprise. Les ventes ont quadruplé, et le nombre de salariés a plus que doublé, passant d'une soixantaine à près de 150, dont environ 80 à Montréal et à Cornwall.

Ce succès dépassait les attentes les plus folles de M. Penner, mais celui-ci voulait aller plus loin: relancer la fabrication aux États-Unis. Il a mis trois ans à peaufiner son projet avec ses équipes de Montréal et de Caroline-du-Nord. «Nos employés étaient vraiment enthousiastes, raconte le volubile dirigeant. Nous avons acheté une machine pour faire des échantillons, et ils faisaient des essais pendant l'heure du lunch!»

L'automatisation est ce qui permettra à Richelieu de rivaliser avec les pays à faibles coûts. «Le mode de fonctionnement que nous avons mis en place réduira de moitié les besoins de main-d'oeuvre [par rapport aux usines chinoises], soutient Michael Penner. Ce sera moins cher, plus efficace, et la qualité sera meilleure.»

En fait, les machines fabriqueront les chaussettes de A à Z, de sorte que la principale tâche des employés sera d'intervenir lorsqu'il y aura des ennuis techniques. Chaque machine coûte plus de 30 000$US. La première phase du projet prévoit qu'on en installera 90. D'ici quelques années, il pourrait y en avoir 400.

Wal-Mart s'engage

Le projet n'aurait pas pu voir le jour sans l'appui de Wal-Mart, un allié naturel de Richelieu. Le géant avait déjà donné un sérieux coup de pouce à M. Penner à l'époque où il tentait de remettre ILG sur pied.

«Je savais que Wal-Mart n'a pas l'habitude de donner des contrats à long terme à ses fournisseurs, raconte-t-il. Mais pour investir dans des lignes de production, nous avions besoin d'un engagement. Alors ils m'ont demandé ce que je voulais. Avec un ami avocat, j'ai mis sur papier une lettre d'intention qui disait «Wal-Mart a le droit d'acheter tant de chaussettes et d'annuler le contrat à sa guise»... Ils m'ont répondu que ce n'était pas bon et m'ont envoyé leur version. Ça tenait sur une page et ça disait: «On achète ces quantités à ces prix et pendant tant d'années», sans possibilité d'annuler. J'étais stupéfait. Ils ont joint le geste à la parole.»

Ce contrat a permis à Richelieu de boucler le montage de son projet, qui a été financé en grande partie par des institutions canadiennes, dont Exportation et développement Canada. En 2012, le fonds Capital croissance PME, mis sur pied par la Caisse de dépôt et placement et le Mouvement Desjardins, avait investi dans l'entreprise. Celle-ci aura aussi droit à une aide financière de la Caroline-du-Nord qui pourrait totaliser 2,9 millions US sur 12 ans.

Michael Penner jure qu'il aurait aimé implanter le projet au Québec, mais il souligne que c'était impossible en raison des exigences «Made in USA» de Wal-Mart. Il assure néanmoins que le retour de la production en Caroline-du-Nord aura des retombées ici. «On devrait créer un poste au Québec pour chaque groupe de 10 employés que nous embaucherons en Caroline», évalue-t-il.

De plus, les chaussettes seront fabriquées avec du fil produit en Caroline-du-Nord par une entreprise de Sherbrooke, FilSpec. «C'est incroyable: une compagnie québécoise va fabriquer des chaussettes pour le plus grand détaillant au monde avec du fil fait par une compagnie québécoise», rigole M. Penner.

En plus des États-Unis, la production de Caroline-du-Nord sera vendue au Canada et en Corée du Sud. Michael Penner rêve déjà de l'exporter en Chine, ce qui serait, il faut bien le reconnaître, le comble de l'ironie.




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