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Effets visuels: Robocop déblaie le terrain

Voici la petite histoire derrière le mandat inaugural de Framestore Montréal, première des multinationales des effets visuels à s'établir au Québec.

Un mandat complexe

Londres, été 2012. Framestore vient de décrocher le mandat principal des effets visuels du prochain film de RoboCop. Un mandat qui passera relativement inaperçu dans son CV aux côtés de Harry Potter et de Dark Knight, mais qui sera déterminant pour l'avenir de l'entreprise britannique. Et pour l'avenir de l'industrie des effets visuels au Québec par la même occasion.

C'est que depuis plus d'un an, Framestore songe à ouvrir un troisième studio à l'étranger, après Los Angeles et New York. Seule condition: avoir un film d'envergure comme premier mandat. «Framestore voulait ouvrir un studio, mais il lui fallait un projet», dit Benoit Touchette, directeur du studio montréalais de Framestore. Ce projet, ce sera RoboCop. Et Framestore sera le premier géant européen des effets visuels à s'implanter au Québec. Suivront Technicolor/MPC et Cinesite. Ensemble, ils feront passer l'industrie québécoise des effets visuels de 645 à 1295 emplois en un an.

Le contrat principal d'effets visuels de RoboCop en poche, Framestore étudie les candidatures de Vancouver et de Montréal. «Le marché de Vancouver était jugé trop saturé et trop éloigné de Londres», explique Benoit Touchette. Le décalage horaire de «seulement» cinq heures entre Londres et Montréal était d'autant plus important que les deux studios de Framestore se partageront le contrat de 557 plans d'effets visuels de RoboCop (207 plans à Montréal, 350 plans à Londres). Au total, un film comme RoboCop compte environ 800 plans d'effets visuels.

Sur le plan technique, le mandat est plus complexe que prévu. Mais le principal défi est ailleurs. En plus de donner vie au robot-policier, Framestore Montréal doit bâtir un studio en quelques mois, mais aussi une culture d'entreprise. Pour ce dernier aspect, l'entreprise dépêche à Montréal Chris Lawrence, l'une des vedettes de son studio londonien - et aujourd'hui en nomination pour l'Oscar des meilleurs effets visuels pour Gravity.

De janvier à mars 2013, Chris Lawrence jette les bases de RoboCop avant de passer le flambeau à un autre expatrié londonien, John Peter Li, question de se concentrer sur le deuxième mandat de Framestore Montréal (Edge of Tomorrow, avec Tom Cruise). «Chris a reproduit la méthode de travail Framestore à Montréal. On voulait que les gens qui viennent travailler ici aient l'impression de travailler pour Framestore, pas pour un satellite de l'entreprise», affirme Benoit Touchette.

À partir de mars, les premiers employés de Framestore Montréal arrivent par dizaines chaque semaine au sixième étage de l'édifice industriel du Mile End, en attendant de déménager dans leurs bureaux permanents plus spacieux au neuvième étage du même édifice. «Nous avons bâti les installations en quatre mois, alors qu'il en aurait fallu entre six et huit. C'était audacieux», se souvient Benoit Touchette.

Audacieux, mais Framestore Montréal n'a pas vraiment le choix. Dans cette industrie, le client ne peut pas attendre. D'autant plus que Sony Pictures redonne vie à RoboCop après une absence de 27 ans au grand écran.

Et la tâche n'est pas facile. Au contraire de Batman et Spider-Man, RoboCop est un humain dans une armure de robot. «Dans The Dark Knight, le plus complexe était de reproduire les édifices. RoboCop, lui, est mi-humain, mi-robot», dit John Peter Li, directeur du service d'infographie 3D du projet RoboCop chez Framestore Montréal. «Un robot a des volumes différents d'un homme. L'acteur est un humain, il se déplace d'une façon plus organique qu'un robot», rappelle Laurent Laban, superviseur de l'animation.

Le triumvirat

Ne vous méprenez pas: malgré son grand sourire, Warwick Hewett est le «préfet de discipline» de l'équipe de RoboCop chez Framestore Montréal. Son titre officiel: producteur. Traduction: celui qui s'assure que tout soit prêt à temps. «C'est comme une usine: les départements se parlent peu entre eux. Je m'assure de faire les liens pour respecter les délais», explique le Britannique de 37 ans, qui a déménagé à Montréal l'été dernier.

Warwick Hewett fait partie du triumvirat montréalais du projet RoboCop, avec ses deux collègues de bureau: le Britannique John Peter Li, directeur du service d'infographie 3D, et le Québécois Carlos Monzon, superviseur de la composition d'images (la dernière étape, cruciale, de tout le processus).

Chaque jour, les trois hommes envoient les scènes à Londres et discutent avec le grand patron du projet, Rob Duncan. C'est lui qui fait ensuite le lien avec le studio Sony et le réalisateur José Padilha. Au départ, les effets visuels devaient être terminés en septembre 2013, mais la date limite est repoussée de deux mois.

Avec le logiciel ShotGun, Warwick Hewett suit en détail le temps consacré par chaque employé à chaque tâche qui lui est assignée.

Au total, une centaine des 180 employés de Framestore Montréal ont travaillé sur RoboCop entre mars et novembre. En période de pointe, à la rentrée automnale, environ 70 employés planchent sur le projet. L'emploi du temps est chargé, les cadres doivent venir au bureau les samedis, mais les autres employés ont généralement leur week-end de congé. En novembre, seule une demi-douzaine d'employés de Framestore Montréal mettent la dernière touche aux scènes de RoboCop.

Quand le film sort sur grand écran le 12 février, les membres de l'équipe RoboCop de Framestore Montréal n'ont plus la tête à RoboCop depuis plusieurs mois. Ils sont passés à d'autres projets. Le visionnement du film en groupe dans un cinéma du centre-ville offre tout de même quelques surprises.

«Le son change la perception d'un film, et ce n'est pas parce que vous travaillez sur quelques scènes du film que vous en avez une idée globale, dit John Peter Li, pour qui le visionnement de RoboCop est davantage une soirée de travail qu'une sortie au cinéma. Nos employés pour qui il s'agit d'un premier film d'envergure s'amusent davantage. Quand je visionne un film sur lequel j'ai travaillé, je porte davantage attention au résultat de notre travail et je regarde aussi le travail des autres studios.»

- Durant le tournage, l'acteur Joel Kinnaman, qui joue Alex Murphy/RoboCop, porte un costume métallique pour le haut du corps qui sera modifié à l'ordinateur. «On n'utilise presque pas l'armure qui a servi pour le tournage», confie Laurent Laban, superviseur de l'animation.

- L'acteur ne porte pas d'armure aux jambes. Celle-ci a été conçue entièrement par des effets visuels. «Ç'aurait été impossible pour l'acteur de courir avec un costume qui allait jusqu'aux jambes», souligne John Peter Li, directeur du service d'infographie 3D du projet RoboCop chez Framestore Montréal.

- Dans les scènes de course, les mouvements de jambes de l'acteur sont entièrement refaits à l'ordinateur. «L'acteur marchait avec des déhanchements, ce qui est normal pour un humain. Nous avons dû repositionner ses jambes d'une façon plus robotique», raconte John Peter Li.Robocop déblaie le terrain

Deux fois plus d'emplois en un an

L'industrie québécoise des effets visuels a doublé de taille depuis un an, grâce à l'arrivée de géants européens qui ouvrent des studios à Montréal, séduits à la fois par les généreux crédits d'impôt et par la main-d'oeuvre disponible au Québec. Avec l'arrivée de Framestore, Technicolor/MPC et Cinesite, le Québec passera d'environ 645 à 1295 emplois en effets visuels pour les films et la télévision.

45% : Crédit d'impôt du Québec pour un studio d'effets visuels

Le Québec offre le même crédit d'impôt (45%) que l'Ontario, mais ses règles d'attribution sont plus souples. Il est notamment admissible aux employés non résidents. Le gouvernement Charest avait haussé le crédit d'impôt en 2009 pour égaler l'Ontario.

39% : Crédit d'impôt de la Colombie-Britannique pour un studio d'effets visuels

8,8% : Crédit d'impôt fédéral pour un studio d'effets visuels

53,8% : Crédits d'impôts totaux (fédéral et Québec) auxquels un studio d'effets visuels établi au Québec est admissible

Des prêts sans intérêt

Pour séduire trois géants européens des effets visuels depuis un an, le gouvernement Marois leur a offert, en plus du crédit d'impôt, des prêts sans intérêt remboursables.

Framestore

Annonce en janvier 2013

200 emplois d'ici 2014

Prêt sans intérêt remboursable de 900 000$ (coût de 35 000$ par année pendant 5 ans)

Technicolor/MPC

Annonce en septembre 2013

De 200 à 250 employés d'ici 2016

Prêt sans intérêt remboursable de 1,2 million (coût de 500 000$ sur 2 ans)

Retombées fiscales estimées à 7 millions sur 5 ans

Cinesite

Annonce en janvier 2014

200 employés d'ici 2018

Prêt sans intérêt remboursable de 1,2 million

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Prévisualisation

Avant de tourner, on fait une version du film en dessin animé 3D à basse résolution. «Le réalisateur doit ensuite déterminer ce qu'il tourne et ce qu'il fait faire en effets visuels», dit John Peter Li, directeur du service d'infographie 3D de Framestore Montréal pour le projet RoboCop

Tournage

Le responsable des effets visuels - Rob Duncan, de Framestore Londres, dans le cas de RoboCop - se rend parfois sur le plateau pour faire des suggestions. «Parfois, tourner une scène d'un autre point de vue permet de réduire le travail d'effets visuels de plusieurs semaines», souligne Carlos Monzon, superviseur de la composition d'images.

Relevé des mouvements de caméra (tracking)

On recrée les scènes tournées à l'ordinateur, afin de pouvoir les modifier ultérieurement. «On positionne des ancrages dans les scènes tournées afin de pouvoir les reproduire dans un monde virtuel», explique Benoit Touchette, directeur du studio montréalais de Framestore.

Modélisation

C'est l'étape où on conçoit les différentes «structures» utilisées dans les scènes. La «structure» la plus utilisée dans le film RoboCop? Le personnage principal. «Nous avons les designs du studio et nous devons bâtir les structures pour qu'elles y soient conformes», dit John Peter Li.

Texture

On raffine les structures conçues précédemment, notamment en ajoutant la couleur. Quel travail de texture a été réalisé sur le personnage de RoboCop? «On ajoute aussi la saleté, des égratignures, on s'assure que le métal ait l'air fini», dit Carlos Monzon.

Animation

On fait bouger les personnages. Pour RoboCop, cette étape est plus complexe que pour d'autres superhéros. «Un robot a des volumes différents d'un homme. L'acteur est un humain, il se déplace d'une façon plus organique qu'un robot», note Laurent Laban, superviseur de l'animation.

Effets et simulations

«On ajoute aussi dans les scènes la fumée, l'eau, le feu, tous les effets qu'on ne peut pas faire en tournage», dit Benoit Touchette.

Éclairage

On joue avec la lumière dans les scènes. «Dans les scènes de coups de feu, l'éclairage change constamment», observe Benoit Touchette.

Composition d'images (compositing)

L'étape finale où toutes les modifications précédentes - réalisées à l'aide de logiciels 3D - doivent être reconverties en format 2D pour le grand écran et la télé. «C'est l'image qui sera vue au cinéma», résume Benoit Touchette.




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