Il n'est pas facile de diriger une manufacture de chandelles à Baie-Saint-Paul, à quatre heures de route de la métropole économique. Le transport est retardé en été? Les bougies fondent. En hiver? Elles gèlent.

Marc Tison LA PRESSE

Pourquoi l'Atelier la Cire-Constance a-t-il été fondé à Baie-Saint-Paul? Parce qu'il y avait des besoins d'insertion professionnelle, dans une région qui s'étend sur 225 km.

Et pourquoi des chandelles? Parce qu'à l'origine, en 1998, la bougie semblait un produit de basse technologie approprié à la réinsertion de personnes handicapées ou déficientes. Puis, la manufacture - au sens de fabrication à la main - a fait évoluer sa production de la chandelle sculptée individuellement vers les bougies fabriquées en série. S'y sont ajoutées des activités d'ébénisterie.

L'entreprise s'est trouvé une niche que son directeur général Martin Larouche décrit comme des produits sur mesure... à grande échelle. Ses commandes de bougies varient de 500 à 50 000 pièces, alors que ses compétiteurs étrangers hautement industrialisés ne lancent une production qu'au-delà de 100 000 unités.

Cette échelle, cette souplesse et cette minutie répondent parfaitement aux besoins de clients comme la chaîne Fruits et passion. «Il est paradoxal de constater que les marchés ciblés par notre production sont les plus haut de gamme de l'industrie, fait valoir Martin Larouche. Par l'intermédiaire de notre client, nos produits sont exportés dans 14 pays et sont fabriqués par une main-d'oeuvre dont personne ne veut.»

Cire-Constance accueille 24 travailleurs pour des séances de 28 semaines.

Martin Larouche est particulièrement fier de la structure à trois paliers de l'entreprise, chacun financé en partie par des programmes différents. Le premier palier de production permet aux personnes souffrant de déficiences physiques ou intellectuelles de faire des gestes simples sur la ligne de production. Le second s'adresse aux jeunes décrocheurs, qui connaissent surtout des problèmes de comportement. Et enfin, dernière étape, l'insertion professionnelle propulse les participants sur le marché du travail.

En région, contrairement aux grands centres, ces succès s'observent de près. «C'est mon boucher, c'est le gars qui s'occupe de la poissonnerie, c'est le plombier», décrit le directeur adjoint Constantino Duclos. «Il y a quelques mois, ils étaient dans la rue et ils consommaient.»

Les expressions de circonstance émaillent involontairement les descriptions des deux dirigeants.

«Nous sommes des bougies d'allumage», dira Constantino Duclos.

«L'erreur n'est pas permise, soulignera Martin Larouche. Si on se brûle avec un client, on n'aura pas de deuxième chance.»

Ajoutons-en une autre: la région leur doit une fière chandelle.