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Le plafond de verre existe-t-il encore pour les femmes?

Si certaines femmes ont les mêmes ambitions de... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Si certaines femmes ont les mêmes ambitions de carrière que le modèle masculin standard, un grand nombre d'entre elles ont d'autres priorités, selon la psychologue Susan Pinker.

Photo: Alain Roberge, La Presse

Caroline Rodgers
La Presse

Le fameux plafond de verre, cette entrave invisible qui empêcherait les femmes d'accéder aux plus hauts niveaux décisionnels dans les organisations, est une idée du passé.

C'est ce que soutient Susan Pinker, psychologue montréalaise, chroniqueuse et auteure du livre Le sexe fort n'est pas celui qu'on croit, qui vient de paraître.

 

Une telle déclaration pourrait faire grincer des dents à certaines féministes. Mais ce n'est pas l'objectif de Mme Pinker, qui a passé deux ans à faire des recherches sur les différences entre hommes et femmes dans le monde du travail pour écrire son livre.

«À mon avis, maintenant, les entreprises veulent bien avoir des femmes aux plus hauts niveaux, dit-elle. Le problème, c'est qu'elles ont de la difficulté à retenir les femmes pour ces postes, à cause d'une combinaison de facteurs.»

Ces facteurs ne sont pas uniquement reliés à l'éducation des enfants et à la famille, ni une question de culture ou de sexisme. Ils sont davantage reliés aux préférences des femmes.

On ne peut pas généraliser, souligne la psychologue, mais il reste que si certaines femmes ont les mêmes ambitions de carrière que le modèle masculin standard, un grand nombre d'entre elles ont d'autres priorités.

Pour la plupart, l'important n'est pas de grimper les échelons le plus vite possible et de gagner beaucoup d'argent, croit Mme Pinker. Elles cherchent avant tout un travail valorisant, une meilleure qualité de vie et une carrière qui leur permet de contribuer positivement à la société en interagissant avec les autres.

«Traditionnellement, on a pensé que pour accéder aux mêmes avantages que les hommes, il fallait être exactement comme eux, et que toutes les différences entre les sexes étaient construites culturellement, dit-elle. On pensait que si on détruisait ces raisons culturelles, tout le reste allait suivre. Mais ce n'est pas ce qui se passe.»

Travailler 80 heures par semaine pour devenir associé dans un bureau d'avocats ou PDG intéresse moins les femmes en général, parce qu'elles ne sont pas les clones des hommes, selon elle. C'est pourquoi plusieurs décrochent avant d'atteindre les sommets.

Égalité des chances

«On croyait que si on donnait aux femmes les mêmes possibilités, elles allaient réagir comme les hommes, en choisissant les mêmes professions, les mêmes cheminements de carrière et les mêmes horaires, mais ce n'est pas le cas», constate la psychologue.

On a beau faire la promotion des professions en sciences pures et en génie auprès des jeunes femmes, les plus douées choisissent majoritairement les domaines reliés à la santé, comme la médecine.

En fait, cette possibilité de choisir a un effet paradoxal: plus les femmes ont de choix, et plus elles choisissent des parcours différents des hommes. L'égalité des chances est essentielle, mais ne garantit pas l'égalité des résultats. Et c'est tant mieux, affirme l'auteure.

«Le message principal de mon livre, c'est que ce n'est pas vrai que les hommes sont plus forts parce qu'ils suivent un modèle de réussite où le travail prime sur tout, dit-elle. Ce n'est pas une vie nécessairement désirable. Il faut remettre en question ces valeurs.»

Une question de pouvoir

Pour Élaine Émond, codirectrice du Centre de développement femmes et gouvernance de l'ENAP (École nationale d'administration publique), le plafond de verre existe encore, et il faut lutter contre lui.

«Mais il ne faut pas mettre tout ça sur le dos des hommes, dit-elle. C'est plutôt une question de mentalité masculine qu'on a développée comme société pour ce qui concerne le monde du pouvoir. Même s'il y a plus de femmes qu'avant à des postes élevés, le modèle du leadership demeure masculin.»

Selon elle, les dirigeants masculins vont chercher les gens qu'ils connaissent pour combler les postes importants, et se renvoient l'ascenseur entre eux. «Pour l'instant, il faut admettre qu'il n'est pas évident qu'on vienne chercher des femmes pour des postes d'influence.»

Et si les femmes veulent influencer la société, elles doivent accéder à des postes de pouvoir, en proportion du nombre de femmes dans la population, selon elle.

Repenser le modèle du travail

Si les entreprises veulent garder les femmes douées et qualifiées, elles devront reconnaître les différences entre les sexes et faire preuve de souplesse dans l'organisation du travail, selon Susan Pinker. Et ce, autant pour les hommes que pour les femmes.

D'ailleurs, ces changements pourraient bien se faire grâce à la génération montante, croit Élisabeth Deschênes, PDG de l'agence de publicité Zoum Armada.

«Les jeunes de la génération Y ont des caractéristiques communes allant au-delà des sexes, dit-elle. J'ai des jeunes hommes dans mes équipes de création, où, historiquement, on travaillait jusqu'à 10h le soir. À 17h30, ils s'en vont, parce que leur vie familiale et personnelle est très importante.»

Selon elle, les choses vont changer car à l'avenir, hommes et femmes partageront de plus en plus la même vision de la qualité de vie.

 




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