À la différence d'Ottawa, Québec parvient à préserver l'équilibre budgétaire pour l'exercice financier qui se termine à la fin du mois, mais ses finances publiques plongeront dans le rouge dès l'an prochain pendant quatre ans, tout comme les fédérales.

Rudy Le Cours LA PRESSE

« J'annonce un déficit de 3,9 milliards de dollars en 2009-2010 «, a indiqué sans ambages la ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, évoquant la récession qui diminue ses revenus et un plan de relance qui pèsera sur ses dépenses. Pour passer sous la barre des 4 milliards, la ministre utilise les 295 millions restants de la réserve budgétaire dont l'essentiel (deux milliards) lui permet d'équilibrer son budget de 2008-2009.

 

Ce déficit représente 1,3% du produit intérieur brut (PIB) du Québec. Toutes proportions gardées, il est inférieur au poids de 2,2% du déficit fédéral ou de 12,3% de celui des États-Unis.

Cette première plongée dans le rouge depuis le léger déficit de 2005-2006 sera suivie de trois autres dépassements des dépenses sur les revenus de moindre envergure. Pour ce faire, la ministre compte non seulement sur la reprise de l'économie l'an prochain, mais aussi sur la majoration d'un point de la taxe de vente et de l'indexation des tarifs jusqu'ici non indexés, tels les permis de chasse et pêche. En quatre ans, Québec accumulera 11,6 milliards de déficit qui iront gonfler la dette publique tout comme les dépenses d'infrastructures.

Ces deux mesures représentent les deux cinquièmes du chemin à parcourir vers le retour à l'équilibre budgétaire dans cinq ans, assure la ministre. Le reste proviendra d'un ambitieux programme de lutte contre l'évasion fiscale et d'autres mesures à identifier aux revenus et aux dépenses, selon la formule du Plan budgétaire.

Réaction péquiste

« Cela ne sert pas à financer un plan de relance, mais à effacer un déficit structurel créé avant la crise et qu'on nous a caché «, s'est insurgé en conférence de presse le péquiste François Legault.

À la ministre, on a demandé quelles pouvaient être ces autres mesures, certains ayant même évoqué en coulisses une nouvelle majoration de la TVQ. « J'ai voulu illustrer le travail à faire pour atteindre le déficit zéro en cinq ans «, a indiqué la ministre.

L'effet de ces autres mesures devra être exponentiel pour que les finances publiques reviennent au vert et pose un réel défi. De 450 millions à trouver en 2010-2011, le gouffre à combler atteindra 3,77 milliards en 2013-2014 pour dégager un léger surplus de 88 millions.

La plus endettée des provinces

Au 31 mars 2011, la dette nette du Québec aura atteint 145,6 milliards, ce qui correspond à 46,2% de la taille de l'économie. Les déficits cumulés, qui excluent les emprunts reliés aux infrastructures et qui sont considérés par les économistes comme de la mauvaise dette, représentent à eux seuls 101,88 milliards ou 32,3% du PIB. Ni Ottawa ni aucune autre province ne sont aussi endettés, relativement parlant.

Si le service de la dette a pu être allégé cette année et même l'an prochain en raison de la baisse des taux d'intérêt, il en ira tout autrement pour la suite des choses. Les nouveaux emprunts et une hausse vraisemblable des taux le feront bondir de 500 millions à 6,6 milliards dès 2010-2011 et jusqu'à 9,4 milliards en 2013-2014.

Cela suppose toutefois que Québec parvienne à contenir la croissance de ses dépenses de programme à 3,2% durant toute cette période, ce qui ne sera pas une mince affaire. Elles ont progressé de 4,7% cette année et devraient à nouveau augmenter de 4,5% en 2009-2010.

Des revenus en baisse

Pour 2009-2010, les revenus totaliseront 62,2 milliards, en baisse de 0,4%, malgré un bond de 6,6% des transferts fédéraux. C'est en 2010-2011, que la baisse de 695 millions des paiements de péréquation aura pour effet d'annuler l'augmentation des transferts fédéraux pour la santé et l'enseignement supérieur.

Les revenus autonomes diminueront quant à eux de 2,8% à hauteur de 42,6 milliards en 2009-2010 avant de franchir la barre des 44 milliards l'année suivante. C'est la chute brutale de 17% des revenus des sociétés qui explique le gros de ce recul et dans une moindre mesure la TVQ. Son augmentation le premier janvier 2011 devrait assurer 1,2 milliard de plus par année au Trésor.