Question piège: la Caisse de dépôt et placement a-t-elle perdu de l'argent avec la chute du dollar en 2008? Réponse: non, la Caisse a fait un profit de 2,3 milliards grâce au huard.

Mis à jour le 27 févr. 2009
Francis Vailles
Francis Vailles LA PRESSE

Cette réponse devrait surprendre bien des observateurs, qui croient que la Caisse a perdu une montagne d'argent avec les fluctuations de la devise. Le profit de 2,3 milliards est pourtant écrit noir sur blanc dans le communiqué annonçant les résultats. Il a été confirmé hier par le porte-parole, Mark Boutet.

 

Qu'en est-il au juste? Mercredi, la Caisse a indiqué que la couverture de change lui avait coûté 8,9 milliards en 2008. Face à ce concept compliqué, les médias ont généralement compris que la fluctuation de la devise avait retranché 8,9 milliards aux résultats. Autrement dit, sans la chute du huard, la perte aurait été de 31 milliards plutôt que 39,8 milliards.

Cette interprétation est tout à fait inexacte. La Caisse a certes perdu 8,9 milliards avec sa couverture, mais cette perte a été largement compensée par la hausse de valeur de ses placements à l'étranger provoquée par la chute du huard.

Prenons l'immobilier. Dans ses livres, la Caisse exprime la valeur de ses immeubles aux États-Unis en dollars canadiens. Qu'arrive-t-il quand le dollar américain chute de 20%? La valeur des immeubles américains chute tout autant, lorsque exprimée en dollars canadiens.

Pour éviter ce problème, la Caisse a une politique qui lui permet de contrebalancer toute perte attribuable à la fluctuation de la devise. Autrement dit, en jouant sur les marchés financiers, la Caisse est en mesure de s'organiser pour faire de l'argent avec la devise quand ses immeubles perdent de la valeur.

Depuis 15 ans, la Caisse est couverte à 100% sur ses immeubles et placements privés étrangers. Quand la devise fluctue, elle fait donc la même somme d'argent sur les marchés que ses immeubles américains en perdent.

Qu'arrive-t-il quand le dollar US grimpe ou, autrement dit, que le huard perd 20%, comme en 2008? La valeur des immeubles américains augmente, mais l'effet est neutre, puisque la couverture de la Caisse lui fait perdre autant d'argent.

C'est exactement ce qui est arrivé à la Caisse en 2008. Les immeubles et placements privés ont bondi de 7 milliards en raison de la chute du huard. En contrepartie, le coût de la couverture a été pratiquement identique, soit 7 milliards. Résultat: aucun impact sur les pertes de la Caisse. Zéro.

La Caisse a d'autres investissements en dollars américains, comme des obligations, des actions, etc. Dans ce cas, la couverture n'est pas de 100%, mais d'environ 45%. Autrement dit, quand le huard plonge de 20%, la valeur de ses investissements américains augmente d'autant. La beauté de l'affaire cette année, c'est que cette hausse n'est pas entièrement absorbée par la couverture de change, puisque cette couverture est partielle.

En 2008, les autres investissements étrangers de la Caisse ont bondi de 4,3 milliards grâce au huard, une somme diminuée de 1,9 milliard en raison de la couverture de change. Globalement, les valeurs étrangères ont donc augmenté de 11,3 milliards (7 " 4,3), immeubles inclus, mais le coût de couverture est venu gruger 8,9 milliards (7"1,9). Résultat: un gain net de 2,3 milliards pour la Caisse.

En d'autres mots, la chute du huard n'a pas fait souffrir la Caisse. Elle lui a plutôt permis de présenter une perte de 39,8 milliards plutôt que 42,1 milliards. Ouf!

Mais alors, pourquoi la Caisse en a fait un plat? C'est que les autres caisses de retraite sont généralement beaucoup moins couvertes contre les fluctuations de la devise. Ce faisant, elles ont profité davantage de la baisse du huard en 2008 que la Caisse. Ce phénomène fait en sorte que l'écart entre le rendement global de la Caisse (-25%) et celui de l'ensemble des caisses de retraite (-18,4%) s'est élargi.

Entre 2002 et 2007, par contre, quand le huard grimpait fortement, la politique de couverture de la Caisse l'avait plutôt avantagée par rapport à ses pairs.

Autre question piège: ce phénomène a-t-il permis aux dirigeants d'empocher de généreux bonis entre 2002 et 2007? Réponse: non. Les cadres ne sont pratiquement pas récompensés lorsqu'ils battent leurs pairs. En fait, seulement 2% de leurs bonis sont fonction de cette comparaison. Dans le cas du PDG, c'est zéro. Les primes sont plutôt fonction de la comparaison avec les indices de marché, comme le TSX de Toronto ou le S&P 500 de New York.