Les retraités de l'État veulent connaître les responsables des pertes «historiques» appréhendées par la Caisse de dépôt et placement du Québec pour 2008. L'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) réclame la création d'une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur la gestion des actifs du bas de laine des Québécois.

Mis à jour le 21 févr. 2009
Violaine Ballivy
Violaine Ballivy LA PRESSE

Les résultats de la Caisse devraient être dévoilés d'ici quelques jours et seront examinés, comme le veut la procédure habituelle, en commission parlementaire au moment de l'étude des crédits, au printemps.

 

Mais selon l'AQRP, ce mécanisme n'est pas assez transparent et ne permettra pas d'avoir accès aux documents confidentiels essentiels pour identifier les responsables des pertes encourues par la Caisse en 2008, qui s'élèveraient à 38 milliards selon des données publiées par La Presse.

«Les retraités, comme tous les autres citoyens du Québec, veulent savoir à qui incombe la responsabilité de ces pertes qui s'annoncent historiques, et cet enjeu a été négligé depuis le début du débat», a déploré hier la présidente de l'AQRP, Madelaine Michaud, au cours d'un point de presse devant les bureaux de la Caisse.

L'AQRP veut aussi connaître le détail des politiques qui ont guidé les placements et demande que l'éventuelle commission d'enquête vérifie si l'utilisation de papier commercial adossé à des actifs était conforme aux politiques approuvées par les répondants de la Caisse.

Mme Michaud se défend de chercher des coupables, mais elle a déjà montré du doigt les représentants du gouvernement et des syndicats qui siègent en majorité sur les comités de retraite chargés d'établir les politiques de placement et le niveau de risque jugé acceptable. Selon Mme Michaud, le gouvernement et les syndicats ont une vision à court terme de la gestion des actifs de la Caisse. «Ils ont tout intérêt à voir fructifier rapidement: les cotisations des syndiqués baissent et les coûts pour le gouvernement aussi. (...) Mais ce n'est un secret pour personne que, plus la possibilité de rendement est élevée, plus le risque est élevé.»

Or, si la Caisse avait pris moins de risques et fait des placements plus prudents, ses pertes auraient été moins importantes, dit Mme Michaud. L'AQRP demande que les retraités soient aussi nombreux que les syndiqués à siéger sur les comités de retraite.

Aucun gel ni réduction des rentes versées ne menace les membres de l'AQRP. Malgré tout, selon Mme Michaud, les retraités ont raison d'être inquiets: «55% des actifs de la Caisse concernent nos régimes de retraite. Si les estimations se vérifient, cela voudrait dire 20 milliards de pertes pour nos régimes.» Ces pertes réduisent les chances de l'AQRP d'obtenir l'indexation des rentes, une demande de longue date de l'AQRP.

Le ministère des Finances a rejeté, hier, la demande de l'AQRP.