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Affaire Tapie: Christine Lagarde bousculée par ses juges

Le 7 juillet 2008, Christine Lagarde est ministre... (AFP)

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Le 7 juillet 2008, Christine Lagarde est ministre de l'Économie depuis plus d'un an quand une procédure arbitrale, qu'elle a autorisée, attribue à Bernard Tapie plus de 400 millions d'euros.

AFP

Aurélia End
Agence France-Presse
Paris

Comment a-t-elle pu accepter froidement un arbitrage reconnaissant à Bernard Tapie un «préjudice moral» d'une générosité sans précédent? Christine Lagarde a fait face mardi à un interrogatoire impitoyable de la Cour de justice de la République (CJR).

«Le coeur de cette affaire, c'est quand même ce préjudice moral de 45 millions d'euros, alors que (...) le préjudice moral pour la mort d'un enfant, c'est évalué à 30 000 à 50 000 euros. Enfin, c'est colossal!», s'indigne la présidente de la CJR, Martine Ract Madoux.

«C'est quand même un coup de poing dans l'estomac, ça doit vous faire réagir!», insiste-t-elle, au deuxième jour du procès de l'ex-ministre et actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).

«Mais ça aurait changé quoi au niveau juridique?», répond Christine Lagarde, sur la défensive.

Le 7 juillet 2008, Christine Lagarde est ministre de l'Économie depuis plus d'un an quand une procédure arbitrale, qu'elle a autorisée, attribue à Bernard Tapie plus de 400 millions d'euros.

La patronne du FMI, qui risque jusqu'à un an de prison et 15 000 euros d'amende, explique une nouvelle fois à la barre qu'elle a fait «confiance» à son directeur de cabinet à Bercy, Stéphane Richard, aujourd'hui PDG d'Orange, pour donner son feu vert à l'arbitrage.

Sur ces quelque 400 millions d'euros, 45 millions sont alloués au titre d'un «préjudice moral d'une très lourde gravité», un montant jamais vu dans l'histoire judiciaire française, pour solder des contentieux avec l'ancienne banque publique Crédit Lyonnais.

Mme Lagarde décide pourtant rapidement, «en technicienne», de ne pas attaquer la sentence arbitrale. L'arbitrage sera annulé pour fraude en 2015, mais à l'époque elle dit n'avoir «aucune raison» de le remettre en cause.

«Attendre, faire durer les dossiers, ça n'a jamais été ma pratique», dit l'ex-avocate qui a travaillé pour un grand cabinet anglo-saxon.

Moment embarrassant

Sauf qu'elle ne dirige pas une entreprise, mais un ministère, rétorque une juge parlementaire, qui pose la question de son «autorité politique».

La CJR, seule habilitée à juger des membres d'un gouvernement pour des délits commis dans l'exercice de leur fonction, est composée de trois magistrats professionnels, six députés et six sénateurs.

Cette juridiction hybride dira si Mme Lagarde a par sa «négligence» permis à l'homme d'affaires, avec des complices, de détourner des fonds publics. Six personnes, dont Bernard Tapie, sont poursuivies dans une enquête parallèle de droit commun, encore en cours.

Une bonne partie des débats a tourné mardi autour des rapports entre Mme Lagarde et l'Élysée en 2007 et 2008.

Plusieurs réunions importantes sur la gestion du dossier Tapie se tiennent à l'Élysée. Mais le président Nicolas Sarkozy ne donne «aucune instruction» directe à sa ministre, lui qui décroche pourtant «tout de suite» son téléphone quand elle s'avise de critiquer publiquement la politique économique de l'Allemagne, raconte Christine Lagarde.

Arrive pour elle un moment embarrassant, lorsque la présidente de la CJR lit le brouillon d'une lettre fervente, destinée à M. Sarkozy, en février 2008. «Utilise-moi pendant le temps qui te convient», écrit à l'époque Mme Lagarde, qui demande au chef de l'État d'être «son guide» et signe «Avec mon immense admiration».

«Quand j'écris ce brouillon, que je ne réécrirais pas (...) je suis en situation d'instabilité (...) l'économie et la finance sont en train de vaciller» et des rumeurs courent sur sa démission, explique-t-elle.

«Je ne suis pas un animal politique», «j'ai besoin de guide pour naviguer dans cet univers», poursuit l'ancienne ministre.

Sur le fond du dossier, Christine Lagarde parle d'un accord «tacite» au sein de l'exécutif sur la gestion de cette affaire d'arbitrage.

Elle répète qu'elle a peut-être, avec d'autres, été «abusée». Par qui? demandent les juges, à plusieurs reprises. Pas de réponse.

Mercredi, Christine Lagarde doit être confrontée à son ancien directeur de cabinet, cité comme témoin, et à d'autres hauts fonctionnaires de Bercy. Le procès doit se poursuivre jusqu'au 20 décembre.




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