Caisses de l'État vides, banques paralysées par le contrôle du crédit... Un accord entre Athènes et ses créanciers semble désormais essentiel pour éviter une débâcle financière à la Grèce.

Mis à jour le 7 juill. 2015
Odile DUPERRY, Hélène COLLIOPOULOU AGENCE FRANCE-PRESSE

«Il faut un accord, sinon c'est la catastrophe», soupire un expert des finances publiques grecques, inquiet après le choc déjà exceptionnel qu'a constitué le 30 juin un manquement de la Grèce à un remboursement de 1,5 milliard d'euros (environ 2 milliards de dollars) au Fonds monétaire international (FMI).

Pour l'instant, l'institution de Washington, un des principaux créanciers du pays, patiente, en attendant l'issue des discussions avec Athènes, considérablement durcies depuis que les Grecs ont dit «non» dimanche par référendum aux dernières propositions de réformes du FMI, de la BCE et de l'UE.

Autant dire qu'un gros doute plane donc aussi sur le remboursement, le 13 juillet, d'une nouvelle échéance de 457 millions d'euros (638 millions de dollars) au même FMI.

D'autant que les grandes agences de notation sont d'accord pour dire qu'à leurs yeux, un défaut de paiement au FMI,  créancier «institutionnel», n'entre pas dans la catégorie des défauts classiques.

Il n'en est pas de même des dettes envers des créanciers privés. Un manquement peut déclencher de la part de l'ISDA, l'association internationale des swaps et dérivés, le paiement des CDS (credit default swaps), ces contrats de protection financière entre investisseurs, d'un maniement particulièrement délicat.

Leur déclenchement amènerait aussi les agences de notation à prononcer le défaut de la Grèce.

C'est ainsi qu'Athènes soigne encore sa dette privée. Selon un spécialiste, elle devrait ainsi renouveler sans problème vendredi une tranche de 2 milliards d'euros (environ 2,8 milliards de dollars) de bons du Trésor, détenus par les banques grecques.

Les Grecs paient leurs impôts 

Athènes a aussi effectué depuis le début du mois un paiement de coupons en yen de 3,8 millions d'euros (environ 5,3 millions de dollars), et a lancé les opérations pour payer à temps la semaine prochaine 85 millions d'euros en yen, qui constituent la troisième et dernière tranche d'une émission de 100 milliards de yens sur 20 ans lancée en 1995.

Parallèlement, l'État se débat pour payer les fonctionnaires et les retraités, pour environ 2,5 milliards d'euros (environ 3,5 milliards de dollars) mensuels. Il y est aidé de manière inattendue ce mois-ci par de meilleures rentrées d'impôts, de la part de Grecs inquiets de perdre de toute façon leur argent si l'État se mettait à saisir les comptes bancaires.

L'énorme écueil désormais pour les finances publiques est le paiement de 3,2 milliards d'euros (environ 4,5 milliards de dollars) à la BCE le 20 juillet, dont manifestement les caisses publiques n'ont pas aujourd'hui le premier sou.

De leur côté, les banques souffrent aussi. Elles n'ont pas d'autre activité que les transferts par internet entre comptes grecs, depuis le 29 juin, et le remplissage de leurs distributeurs, pour que les Grecs aillent y chercher les 60 euros quotidiens autorisés.

Comme beaucoup de cet argent est thésaurisé, la liquidité se paralyse. La semaine dernière, plusieurs banques ont dû ouvrir des succursales pour les dépôts d'argent liquide.

Cela, selon un banquier, «a bien marché avec les supermarchés ou les pompistes», permettant au flux de se renouveler et de durer encore un peu. Le solde «entrées - retraits» a même été positif jeudi dernier, selon lui.

«Le système bancaire a souffert d'une sorte d'infarctus depuis la fermeture des succursales», estime auprès de l'AFP Nikos Vettas, directeur de l'institut de recherches économiques IOBE, «et s'il n'y a pas un accord le plus tôt possible, les conséquences seront encore plus sérieuses».

Or sans accord, souligne-t-il, «il n'y pas d'économie».

Le secteur bancaire veut encore croire en sa solidité. Recapitalisées ces dernières années par des fonds européens dans le cadre du plan de sauvetage UE et FMI, «les banques disposent d'une couverture des fonds propres adéquate», souligne une source bancaire, tout en reconnaissant qu'elles «manquent de liquidités».

Le fonds hellénique de stabilité financière (HFSF), créé en 2012 pour protéger le système bancaire, est actionnaire de 35,4% à 66,9% de toutes les banques grecques, ce qui les renforce, remarque cette source.

L'UE détient également 10,9 milliards d'euros pour assurer leur recapitalisation en cas d'urgence.

En octobre dernier, les quatre grandes banques grecques avaient passé avec succès les «stress tests» lancés par la BCE dans toute la zone euro.

Quatre grandes banques grecques dans la tourmente

Quatre grandes banques grecques, déjà éprouvées par la crise économique, sont quasi paralysées depuis huit jours en raison du contrôle des capitaux devenu inévitable après l'échec des négociations entre Athènes et ses créanciers et qui a conduit au référendum.

Après leur recapitalisation ces dernières années dans le cadre du plan du sauvetage du pays par l'UE et le FMI, la Banque nationale grecque, la Banque du Pirée, Alphabank et Eurobank, font de nouveau face à un manque important de liquidités qui menace leur survie.

Dégradées par les agences de notation

Après la fermeture des banques entrée en vigueur le 29 juin, les agences de notation Fitch et Standard and Poor's (SP) ont dégradé la note de ces quatre établissements en les plaçant en «défaut partiel».

Un «défaut partiel», ou «restricted default», indique qu'un emprunteur est en situation de défaut sur une de ses obligations, sans pour autant se trouver dans une procédure de liquidation ou de faillite.

Jusqu'alors, les notes de solvabilité financière à long terme de ces quatre banques étaient à «CCC», suggérant que la possibilité qu'elles manquent une échéance n'était pas à exclure.

La pression de la BCE

Quelques jours après l'élection d'Alexis Tsipras, dirigeant de la gauche radicale Syriza, la Banque centrale européenne (BCE) a indiqué le 5 février qu'elle n'accepterait plus que les banques grecques lui apportent des obligations émises par l'État grec notées comme des titres «pourris» pour emprunter auprès d'elle. La fin de ce régime de faveur était alors un premier avertissement au gouvernement destiné à accélérer un accord avec les créanciers sur le prolongement du plan de sauvetage qui existait à l'époque. Le 20 février, Athènes a pu obtenir ce prolongement qui a expiré le 30 juin.

La survie des banques durant les négociations

Pendant plus de quatre mois de négociations avec les créanciers, les banques grecques n'ont dû leur survie qu'au mécanisme européen d'aide aux banques (ELA), qui leur fournit des liquidités.

La BCE est intervenue presque chaque semaine pour remonter le plafond de l'aide afin qu'elle soit suffisante, jusqu'à l'interruption des négociations et l'annonce d'un référendum, le 26 juin, par le gouvernement grec sur les mesures d'austérité proposées par les créanciers.

Cette annonce a entraîné des retraits massifs d'épargne. La BCE a alors décidé de maintenir inchangé le niveau du plafond, fixé le 26 juin à environ 89 milliards d'euros sans le relever.

Quid de la capacité des banques grecques à résister?

Le Fonds hellénique de stabilité financière (HFSF), créé lors de l'éclosion de la crise de la dette en 2010 pour protéger le secteur grec du crédit, continue d'être une bouée de sauvetage pour les quatre banques.

Actuellement, le HFSF est actionnaire des banques grecques à hauteur de 55% en moyenne, ce qui assure en quelque sorte leur couverture en fonds propres sans toutefois pouvoir compenser le manque important de liquidités, a indiqué à l'AFP une source bancaire ayant requis l'anonymat. Le HFSF possède 57,2% des actions de la BNG, 66,2% d'Alpha, 66,9% de la banque du Pirée et 35,4% de l'Eurobank.

La première recapitalisation des banques est intervenue en 2012 grâce à des fonds européens dans le cadre du plan de sauvetage du pays par l'UE et le FMI. Elle a été suivie par une seconde recapitalisation sur les marchés privés début 2014, permettant aux banques de réussir les tests organisés par la BCE.

Parallèlement, un plan de restructuration du secteur et l'absorption de petites banques par les plus grandes a été mis en place. Cela a renforcé les principales banques grecques, qui restent handicapées par un taux élevé de prêts non remboursés liés à la crise.