Tout juste sorties d'une grave crise économique, les Seychelles sont désormais aux portes de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), une opportunité pour l'économie nationale dit Victoria, mais l'adhésion inquiète les professionnels de l'agriculture, de la pêche et des services.

Publié le 22 nov. 2013
Rassin VANNIER AGENCE FRANCE-PRESSE

Après 18 ans de négociations, le très touristique archipel, prisé pour ses plages de sable fin et ses bungalows de luxe, mise sur une entrée à l'OMC dès fin avril, a indiqué à l'AFP la directrice générale de la division Commerce au ministère des Finances, Cillia Mangroo.

En vue de cette accession, Victoria a conclu des accords bilatéraux avec le Canada, Maurice, Oman, la Suisse, et plus récemment l'Union européenne (UE) et la Thaïlande. Des discussions bilatérales ne sont plus en cours qu'avec les États-Unis.

Selon l'OMC, lors des discussions, les Seychelles, dont l'économie repose essentiellement sur le tourisme et la pêche, se sont notamment engagées à ramener à zéro leurs subventions à l'exportation.

Mais pour les autorités de l'archipel, l'adhésion sera synonyme de sécurité commerciale.

«Etre membre de l'OMC, pour un petit pays comme les Seychelles, c'est avoir la possibilité d'avoir un organisme où l'on peut défendre ses droits en cas de désaccord commercial avec un autre pays», explique Charles Morin, négociateur en chef.

Les Seychelles exportent essentiellement du thon en boîte vers l'UE, principal partenaire commercial de l'archipel (l'UE absorbe 61 % des exportations et représente des 30 % des importations seychelloises). Elles exportent aussi, plus marginalement, du coprah (dérivé de la noix de coco) et des meubles vers l'Asie et l'Afrique.

Professionnels inquiets

C'est justement la faible taille du pays -- à peine 90 000 habitants -- qui, pour les professionnels de l'archipel, pose problème dans cette adhésion.

«Les architectes, l'ingénierie, les avocats sont inquiets de l'ouverture du marché, car une fois que les Seychelles seront membres de l'OMC, n'importe quelle entreprise pourra venir investir dans le pays», explique Marco Francis, président de la Chambre de commerce et d'industrie du pays.

Il pointe aussi les menaces qui pèseront sur les éleveurs de poulet et de porc, «déjà sur les genoux» depuis que les autorités ont commencé à ouvrir le marché, en autorisant notamment l'importation de viande du Brésil.

«J'ai bien peur que l'entrée du pays dans l'OMC ne se traduise par la fin de l'élevage à Mahé, et cela pourrait mettre en danger la sécurité alimentaire du pays», craint-il, notant que de nombreux éleveurs ont déjà fermé boutique et que les Seychelles n'ont pas les moyens de faire de «l'élevage de masse comme le Brésil et la Chine».

M. Francis attend encore de voir la liste de produits «protégés» qui seront réservés aux entreprises seychelloises. Mais il estime d'ores et déjà par exemple que les acteurs nationaux devraient conserver un monopole sur la pêche traditionnelle.

Victoria n'en démord cependant pas. Pour elle, l'adhésion à l'OMC doit aussi finir de remettre sur les rails l'économie nationale.

Devenir membre «nous aidera à attirer les bons investissements directs», assure Mme Mangroo.

Dans un communiqué publié à la conclusion des négociations bilatérales fin octobre, la Commission européenne, organe exécutif de l'UE, estimait elle que l'adhésion de l'archipel «serait la dernière contribution au processus de réforme économique et de développement des Seychelles».

Le Fonds monétaire international (FMI) bouclera en décembre son programme quinquennal d'assistance aux Seychelles, un programme d'austérité qui s'est traduit par une vaste restructuration de la dette de l'archipel, des privatisations, une baisse du nombre de fonctionnaires, et un assainissement des finances nationales.

Fin 2008, les Seychelles faisaient face à une grave crise de balance des paiements et de liquidités. Sa dette publique atteignait 130 % du PIB, l'inflation s'établissait à 37 % sur l'année et son Produit intérieur brut (PIB) progressait de seulement 0,1 %. L'année suivante, la hausse des prix s'aggravait (39 %) et le PIB reculait de 9,6 %.

Pour 2013, le FMI table désormais sur une croissance de 3,3 % et une inflation de 4,9 %. Victoria devrait en outre avoir ramené sa dette publique à 70 % du PIB et espère voir ce ratio passer à 50 % d'ici à 2018.