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Europe et Chine ont trop à perdre dans une guerre commerciale

Un travailleur déplace des conteneurs à un port... (PHOTO ARCHIVES REUTERS)

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Un travailleur déplace des conteneurs à un port de Chine.

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Bryan MC MANUS
Agence France-Presse
Bruxelles

Des équipements de télécommunications aux panneaux solaires en passant par la vaisselle en céramique, les litiges commerciaux se sont envenimés ces derniers jours entre l'Union européenne et la Chine, faisant craindre une véritable guerre commerciale entre Bruxelles et Pékin.

Un tel conflit commercial serait désastreux pour les économies européenne et chinoise, mettent en garde des experts inquiets d'une détérioration des relations entre les deux plus grands partenaires commerciaux du monde. Bruxelles et Pékin ont besoin l'un de l'autre, font-ils valoir.

Selon les analystes, l'augmentation des tensions pourrait simplement refléter le fait que l'UE et la Chine ressentent l'impact d'un fort ralentissement économique.

La Chine a connu l'an dernier sa croissance la plus faible en 13 ans tandis que l'UE, minée par la crise de la dette et la montée du chômage, est officiellement en récession.

«Je pense que le fait que l'UE soit dans une spirale de croissance négative ne peut pas être dissocié de ses différends avec la Chine», a déclaré Sergio Marchi, patron du groupe Marchi, ancien ministre canadien du Commerce extérieur et ambassadeur à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

«Alors que les emplois disparaissent, les dirigeants européens veulent montrer à leurs électeurs qu'ils sont fermes face aux défis que représente la Chine», selon lui.

Le ministre français du redressement productif, Arnaud Montebourg, a été l'un des responsables les plus en pointe en dénonçant à plusieurs reprises la «naïveté» des Européens face à leurs partenaires chinois.

«L'UE doit faire attention à ne pas aller trop loin. La Chine comprend la politique, mais n'aime pas être mise publiquement sur la sellette, en particulier si elle court le risque de perdre la face. Si elle décide de riposter, l'UE pourrait faire face à un scénario perdant perdant» met en garde M. Marchi.

Pékin a averti les Européens. «Nous espérons que l'UE ne va pas prendre de mesures qui seraient nuisibles aux deux parties», a déclaré le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Shen Danyang. Car la Chine est prête à «défendre ses droits et intérêts légitimes» en accord avec les règlements de l'OMC et ses propres lois.

En cas de guerre commerciale, «les principaux perdants seraient certainement l'UE, l'industrie européenne et les consommateurs européens», estime Zhang Hanlin, enseignant à l'Université des Affaires et de l'Économie internationale de Pékin.

Le commerce bilatéral s'est élevé à 546 milliards de dollars en 2012, mais le déficit commercial de l'UE vis-à-vis de la Chine n'a cessé de se creuser, dépassant 122 milliards.

Bruxelles a pris soin de préciser que la décision prise cette semaine de lancer une enquête antidumping sur les équipements de télécommunications chinois était «une décision de principe» et que la porte des négociations pour une solution amiable était toujours ouverte.

Pékin craint l'isolement

Les différends sino-européens surviennent alors que Pékin craint d'être isolé sur la scène du commerce mondial.

Il n'ignore pas que ses principaux partenaires sont engagés dans des projets agressifs de libre-échange. Tandis que l'UE s'apprête à ouvrir des négociations de libre-échange avec les États-Unis, le Canada et le Japon, Washington a entamé des négociations pour un partenariat transpacifique (TPP), qui a pour but de créer la plus vaste zone mondiale de libre-échange avec une dizaine de pays riverains du vaste océan, mais pas la Chine.

Les dirigeants chinois ont profité d'une récente visite à Pékin du chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, pour «remettre sur le tapis» la question d'un accord de libre-échange, selon un responsable européen.

Mais, a-t-il dit, les Européens préfèrent pour le moment négocier un traité bilatéral d'investissement, pour lequel les négociations ont été entamées l'an dernier, mais marquent le pas.

Un accord de libre-échange avec Pékin ne peut être envisagé qu'à «moyen» ou «long» terme, a affirmé le responsable.

Preuve cependant que les ponts ne se sont pas coupés, la Commission européenne vient d'autoriser l'alliance entre le constructeur suédois de poids lourds Volvo et le Chinois Dongfeng pour former le numéro un mondial des poids lourds devant l'Allemand Daimler.

Les Européens sont également loin d'être unanimes pour sanctionner les Chinois.

Ainsi, concernant l'épineux dossier des panneaux solaires, si les fabricants européens sont plutôt favorables à l'imposition de taxes douanières, les installateurs redoutent un coup de frein de leurs activités en raison de la hausse des prix attendue.

«Il n'y a pas de gagnants dans les différends commerciaux», estime Louis Kuijs, économiste à la Royal Bank of Scotland, basé à Hong Kong.

Dans ce contexte complexe, le député libéral européen britannique, Sir Graham Watson appelle à ne «pas exagérer» les risques de conflit commercial. «Les enquêtes antidumping constituent la monnaie courante du commerce international. Il y a quelques années, on bataillait au sujet de chaussures et de soutiens-gorge», rappelle-t-il. Et de prendre le pari que, malgré les tensions passagères, «les relations Bruxelles-Pékin vont continuer comme avant».




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