Le Fonds monétaire international doit trouver le moyen d'obtenir le départ de son directeur général Dominique Strauss-Kahn, qui depuis sa prison de New York n'a donné aucune indication sur ses intentions quant à son poste.

Publié le 18 mai 2011
Hugues Honoré AGENCE FRANCE-PRESSE

Quatre jours après son interpellation dans une affaire de crime sexuel, le Français était toujours muet sur son avenir au FMI.

Son avocat, William Taylor, contacté par l'AFP mercredi matin, n'en disait pas plus: «je pense qu'au final ce sera résolu», a-t-il déclaré, refusant de préciser quand et de quelle manière.

Le FMI détient le numéro de téléphone portable de l'avocat et lui a probablement parlé. Mais il n'a eu aucun moyen dès le début de l'affaire samedi de contacter directement M. Strauss-Kahn, d'abord placé en garde à vue, puis en détention.

Mardi soir, l'institution a confirmé dans un communiqué qu'elle n'avait pas pu encore lui parler.

La situation est inédite et complètement imprévue: le directeur général est sous les verrous, mais il est présumé innocent et nie tous les faits qui lui sont reprochés.

Des États membres évoquent ouvertement sa succession. Mais selon des sources internes au Fonds, beaucoup de questions se posent sur la manière de procéder si M. Strauss-Kahn ne démissionne pas.

«Dans ces conditions, la question est de savoir combien de temps tout cela peut durer», avait indiqué lundi à l'AFP une de ces sources.

La question est aussi «de savoir si cela peut durer jusqu'à vendredi, mais ça n'est même pas certain». Vendredi est le jour où M. Strauss-Kahn doit comparaître devant la justice de l'État de New York qui doit lui notifier son inculpation formelle.

L'incapacité de M. Strauss-Kahn à exercer ses fonctions peut théoriquement conduire le conseil d'administration à le démettre.

«Les fonctions du directeur général cessent lorsque le conseil d'administration en décide ainsi», prévoit l'article XII, section 4, des statuts du FMI, sans plus de détail sur cette procédure qui n'a jamais été engagée.

Interrogé mercredi par l'AFP sur une éventuelle utilisation de cette procédure, un porte-parole du FMI a refusé de répondre.

Le conseil d'administration est composé des représentants de 24 pays et groupes de pays qui votent à la majorité qualifiée. Traditionnellement, ces administrateurs recherchent un consensus avant de mettre un vote à leur ordre du jour.

L'ordre du jour affiché mercredi sur le site internet de l'institution, et fixé pour la réunion du jour et les trois suivantes portait sur le travail habituel de surveillance économique et d'aide aux États membres en difficulté.

Après une réunion «informelle» du conseil d'administration sur le cas de M. Strauss-Kahn qui s'est tenue lundi, le Fonds n'a donné aucune indication sur la façon dont il comptait gérer le sort de son directeur général. Il dit travailler «normalement» avec à sa tête le premier adjoint John Lipsky.

Premiers actionnaires avec 16,80% des droits de vote, les États-Unis ont laissé entendre qu'ils souhaitaient le départ du directeur général. «Il n'est évidemment pas en mesure de diriger le FMI», a constaté mardi leur secrétaire au Trésor Timothy Geithner.

Deuxième actionnaire avec 6,25% des droits de vote, le Japon s'est montré plus réservé. «Je crois qu'il est prématuré de même envisager» la question de la succession à M. Strauss-Kahn, a affirmé mercredi le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano.

Pour sa part, le chef de la diplomatie britannique William Hague a noté que M. Strauss-Kahn devrait prendre une décision sur son avenir». «Mais il est évidemment dans une position très, très difficile», a-t-il ajouté.

Cette question devrait être «réglée dans les jours qui viennent», a estimé le chef du parti majoritaire UMP en France, Jean-François Copé.