Après la Grèce et l'Irlande, le Portugal, désormais en première ligne des marchés, pourrait être contraint lui aussi de solliciter une aide extérieure, estiment les analystes, même si les autorités veulent encore convaincre que les situations sont «très différentes».

Publié le 22 nov. 2010
Lévi Fernandes AGENCE FRANCE-PRESSE

«Sur les marchés, l'idée est qu'une fois résolu le cas de l'Irlande, le Portugal se trouve en première ligne», déclarait dès vendredi Joao Cravinho, directeur à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), chargé du Portugal.

Pour autant, les autorités portugaises gardent encore espoir, insistant sur les différences entre les deux pays, comme elles l'avaient fait lors de la crise grecque au printemps.

Contrairement à d'autres, «le Portugal n'a pas connu de bulle immobilière et le niveau d'endettement est dans la moyenne de l'Union européenne», soulignait dimanche le président Anibal Cavaco Silva, disant «espérer que (l'intervention du FMI) ne sera pas nécessaire».

Le ministre des Finances Fernando Teixeira dos Santos s'est quant à lui empressé dimanche soir de saluer le plan d'aide «significatif» à l'Irlande qui, a-t-il assuré, «apaise les craintes, réduit l'incertitude et renforce la confiance des marchés».

Une nouvelle fois, M. Teixeira dos Santos a tenté de décoller le Portugal des problèmes irlandais, soulignant que le pays dispose d'un système bancaire «bien régulé et supervisé», «résistant et bien capitalisé». Il a également mis en avant la «stratégie claire» du gouvernement pour réduire les déficits, réaffirmant que les objectifs seraient tenus.

Toutefois, pour la majorité des analystes, ces arguments pourraient s'avérer insuffisants pour rassurer les marchés. Lundi, les taux de rendement de la dette portugaise continuaient à la hausse à 6,527%, contre 6,508% vendredi soir.

«Si cette pression ne se relâche pas, le Portugal sera contraint de demander une aide d'urgence», prévoit l'économiste Tullia Bucco d'Unicrédit.

«Le Portugal peut considérer qu'il est insensé de payer des taux de 6 à 7%, ou plus, alors qu'il peut demander une aide extérieure» à des taux plus faibles, estime également Filipe Silva, stratégiste obligataire de la banque Carregosa.

Plombé par une croissance atone depuis de nombreuses années, le Portugal accuse une dette publique de 161 milliards d'euros, soit plus de 82% du PIB, qu'il s'est montré jusqu'ici incapable de réduire.

«L'endettement portugais a davantage progressé sur les neuf premiers mois de l'année que sur la même période de l'année dernière», faisait remarquer l'économiste Ralph Solveen de la Commerzbank, au Financial Times.

«Les besoins de financement du Portugal sont supérieurs à ceux de l'Irlande», soulignait pour sa part Nick Firoozye de la banque Nomura, cité lundi par Diario Economico.

Si le Portugal a garanti ses besoins de financement pour 2010, la situation risque en effet de se compliquer très fortement en 2011, avec l'arrivée à échéance de 25,6 milliards d'euros de dettes, dont 19,7 milliards au premier semestre.

Dans ce contexte, le Parlement portugais s'apprête à voter définitivement vendredi un budget d'une austérité sans précédent, cumulant baisse des salaires et hausse d'impôts pour ramener le déficit de 7,3% du PIB à 4,6%.

En réaction, les deux principales centrales syndicales portugaises, la CGTP et l'UGT, réunies pour la première fois depuis 1988, ont convoqué pour mercredi une grève générale, qui s'annonce comme le mouvement social le plus important depuis l'avènement de la démocratie en 1974.