Stéphane Beaucage, 39 ans, est un oiseau rare. Il a un diplôme universitaire en administration avec une spécialité en commerce international tout en étant passionné par l'agriculture. Comment concilie-t-il ces deux champs d'intérêt? Il a acheté une entreprise de fabrication de fertilisants agricoles qui sont exportés au Mexique depuis l'an dernier.

Mis à jour le 19 févr. 2013
André Dubuc LA PRESSE

M. Beaucage, qui est marié à une Mexicaine et qui parle couramment espagnol, s'attend à doubler cette année ses exportations de fertilisants liquides au Mexique par l'entremise des 250 points de vente du réseau de son grossiste, la multinationale SQM. Il en a vendu 60 000 litres en 2012.

«Encore hier, on a fait partir un autre conteneur. On va en faire partir un autre au mois de mars. Le potentiel est énorme au Mexique, où on cultive la terre à l'année», dit le père de trois enfants et acériculteur à temps partiel.

Sa société, Agro-100, de Saint-Thomas-de-Joliette, est notamment reconnue pour la qualité de ses fertilisants destinés à la culture de la pomme de terre, ce qui lui permet de se faire un nom dans une industrie dominée par des géants. La société investit 3% de ses revenus en recherche et développement (R-D).

Un comité de recherche interne de 15 personnes supervise l'évolution des produits pour les adapter aux plantes cultivées et aux caractéristiques des sols. «Au Mexique, donne-t-il en exemple, il y a beaucoup de carence en zinc, ce qui n'est pas le cas ici.»

Un gain de 40%

M. Beaucage voyait Agro-100 dans sa soupe depuis longtemps. «Je me suis toujours dit qu'un jour, j'achèterais l'usine de fertilisants d'Agro-100», confie l'homme d'affaires qui a payé ses études universitaires en travaillant à la ferme de ses oncles, à Saint-Paul-de Joliette. «Depuis que je travaillais à la ferme, toutes les fois que je regardais l'usine, je me disais que c'était à ma portée.»

C'est chose faite depuis 2010, année où il a terminé l'acquisition d'Agro-100. Il y était entré en 2000 comme simple représentant, mais avec la ferme volonté d'acheter l'entreprise.

Fondée en 1990 par Jean-Marc Harnois, la société Agro-100 vend de l'engrais au Québec en concurrence à la Coopérative fédérée, à Synagri et à William-Houde. Outre ses fertilisants liquides, Agro-100 se distingue aussi, nous explique M. Beaucage, par ses matières résiduelles fertilisantes (MRF).

Les MRF consistent à prendre un sous-produit d'une industrie, par exemple de la poussière de four de la cimenterie de Joliette. Cette poussière, riche en calcium, potassium, soufre et magnésium, et pour laquelle il y a peu de valeur économique pour la cimenterie, devient un fertilisant pour Agro-100 après un léger processus de manutention et de conditionnement. Jadis, ce résidu retournait à la carrière.

«Pour le producteur, c'est 30% moins cher et c'est 10% plus efficace que l'utilisation de la chaux additionnée de fertilisants granulaires», soutient M. Beaucage. Les MRF sont un marché très porteur et les producteurs sont de plus en plus enclins à les utiliser. On bonifie actuellement notre gamme de produits.»

À ce propos, Agro-100 vient de conclure une entente avec l'usine de Chaux Graymont, de Joliette, pour revaloriser 15 000 tonnes métriques de poussière de four à chaux, un sous-produit riche en calcium et magnésium qui va entrer dans ses mélanges de MRF.

L'entente avec Graymont entraîne un investissement de 500 000$ en 2013 en équipement et bâtiment pour remplir les conditions au contrat. Les employés saisonniers d'Agro-100 y gagnent un allongement de leur période de travail à l'automne.

Les projets de M. Beaucage ne s'arrêtent pas en si bon chemin. Un projet de recherche concernant un engrais liquide donne des résultats prometteurs dans le contrôle de la gale de la pomme de terre. D'ici à 2015, Agro-100 envisage aussi de faire des acquisitions au Québec.

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AGRO-100 EN UN COUP D'OEIL

> Fondée en 1990

> 30 employés permanents

> Revenus annuels de 15 à 25 millions