La guerre des capsules de café qui fait rage entre Nespresso, filiale du géant suisse Nestlé, et ses concurrents, s'est encore aggravée avec la saisie récente par huissiers de machines à café dans le magasin phare de Nespresso, avenue des Champs-Élysées à Paris.

Publié le 18 mars 2011
Ingrid Bazinet AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous avons fait procéder à des mesures de saisie-contrefaçon à l'encontre des sociétés Nespresso France SA, Magimix SA et certaines sociétés du Groupe SEB», a affirmé la société suisse Ethical Coffee Compagny (ECC), elle-même assignée par la filiale de Nestlé pour contrefaçon.

ECC estime que «certaines solutions techniques adoptées récemment par le Groupe Nestlé pourraient violer certains brevets» ECC.

«On a saisi des machines le 10 mars pour prouver qu'un élément des machines est protégé par nos propres brevets. Les saisies ont été menées dans cinq lieux différents où se trouvent ces machines, dont le magasin Nespresso des Champs-Élysées», a précisé jeudi à l'AFP le PDG et fondateur d'ECC Jean-Paul Gaillard.

Cet ancien directeur de Nespresso de 1989 à 1997 explique qu'ECC avait préventivement déposé des brevets, au moment du lancement de la société en 2009, au cas où «Nespresso modifierait ses machines pour empêcher l'utilisation des dosettes ECC».

Outre Nespresso-Champs-Elysées, ces saisies ont été menées au siège de Nespresso à Paris, dans les locaux de Magimix à Vincennes, au siège et dans des locaux du groupe Seb.

De son côté, Nespresso confirme ces saisies mais réfute toute contrefaçon. «On confirme qu'il (M. Gaillard) a bien envoyé des huissiers chez nous. On réfute toutes ces allégations» de violation de brevet, a affirmé à l'AFP le directeur général de Nespresso France, Arnaud Deschamps.

«On modifie en permanence nos machines, nos systèmes d'extraction, pour améliorer la qualité de nos produits», niant que ces modifications aient pour but de «bloquer tel ou tel concurrent». Mais «il se trouve que leurs capsules ne sont pas compatibles», a-t-il ajouté.

Les machines Nespresso sont prévues pour une forme de capsule bien particulière et certaines acceptent les capsules concurrentes et d'autres non, a constaté l'AFP.

Ce nouveau rebondissement illustre l'escalade judiciaire entre Nespresso et ses concurrents qui s'arrachent un marché ultra-juteux. Car au-delà de la petite société helvétique, Nespresso est à la lutte contre des géants de la distribution et de l'agroalimentaire.

Nestlé a assigné en France le groupe Casino, fourni par ECC, en 2010 ainsi que le géant américain Sara Lee avec ses dosettes «L'Or», présentes en grandes surfaces, pour contrefaçon.

En Suisse, il a subi deux revers face au discompteur Denner, filiale du géant helvétique de la distribution Migros. Le 4 mars, un tribunal a autorisé Denner à vendre ses capsules, revenant sur une première décision contraire. Fin janvier, un tribunal de Zurich avait rejeté une plainte de Nestlé contre Denner pour violation de brevet.

L'enjeu est de taille, car Nespresso, à lui seul, a réalisé l'année dernière plus de 3 milliards de francs suisses (3,2 milliards de dollars) de ventes, une croissance de plus de 20% en un an. Et face au succès des systèmes à capsules, en dépit de la colère des écologistes, le groupe helvétique entend continuer sur sa lancée en passant de 215 boutiques fin 2010 à près de 250 fin 2011.

Ses concurrents aussi. «Nous avons vendu 50 millions de capsules en 2010 et nous visons entre 700 et 800 millions de capsules en 2011, dont environ 400 sur la France. Le reste devrait être vendu en Suisse et en Allemagne» où ECC se lance à l'automne, assure pour sa part M. Gaillard.