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Pris pour cible, les fabricants d'opiacés veulent montrer patte blanche aux États-Unis

L'OxyContin, vendu par Purdue Pharma, est en première... (Photo George Frey, archives REUTERS)

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L'OxyContin, vendu par Purdue Pharma, est en première ligne des médicaments visés.

Photo George Frey, archives REUTERS

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Jean-Louis Doublet
Agence France-Presse
Washington

Accusés d'être responsables de la surconsommation de médicaments opiacés aux États-Unis, les laboratoires qui les fabriquent veulent maintenant montrer qu'ils agissent pour décourager leur utilisation.

Purdue Pharma, une société non cotée en Bourse qui a fait la fortune d'une famille de philanthropes bien connus, les Sackler, a assuré qu'elle demandait désormais à ses représentants commerciaux de ne plus promouvoir auprès des médecins ces médicaments antidouleurs, souvent détournés comme drogues.

Leur surprescription a créé chez des millions d'Américains une dépendance et les overdoses mortelles ont explosé ces dernières années.

Purdue Pharma fait partie des laboratoires que la ville de New York a attaqués en janvier devant la justice, leur réclamant un demi-milliard de dollars pour aider à financer la lutte contre cette crise.

Le taux de mortalité par overdoses à New York a doublé entre 2010 et 2016, et l'épidémie fait maintenant plus de victimes que les accidents de voiture et les homicides réunis, ont souligné les responsables de la ville en déposant cette plainte, qui vient s'ajouter à plus d'une centaine d'autres de même type aux États-Unis.

La crise des opiacés a été décrétée fin octobre urgence de santé publique par Donald Trump. Quelque 2,4 millions d'Américains en sont actuellement dépendants et 90 d'entre eux en meurent chaque jour.

L'OxyContin, vendu par Purdue Pharma, est en première ligne des médicaments visés. Et derrière Purdue Pharma apparaît le nom des Sackler.

Si les frères Raymond et Mortimer Sackler, fondateurs de l'entreprise, sont aujourd'hui décédés, le nom Sackler orne de multiples musées aux États-Unis, à Londres et même en France (aile Sackler des antiquités orientales au Louvre).

Certains de ses membres siègent toujours au Conseil d'administration de Purdue Pharma.

Le magazine New Yorker a publié en octobre un article au vitriol intitulé «La famille qui a bâti un empire de la douleur» affirmant que l'OxyContin avait rapporté au total 35 milliards de dollars à Purdue Pharma depuis sa mise sur le marché en 1995, dont une bonne partie est allée aux Sackler.

Mais la famille garde une grande discrétion sur ses liens avec Purdue Pharma. Le site du groupe n'identifie ainsi pas ceux de ses membres qui siègent au Conseil d'administration.

«Moralement répréhensible»

C'est une célèbre photographe américaine, Nan Goldin, qui a étalé sur la place publique en janvier la relation entre les riches philanthropes et l'opiacé.

Ex-dépendante aux opiacés, elle a formé un groupe, PAIN (Prescription Addiction Intervention Now) et lancé un hashtag ShameonSackler, pour pousser Purdue Pharma et les Sackler à financer des programmes de traitement et de prévention, pour limiter les ordonnances d'opiacés et faire connaître leurs dangers.

Mme Goldin appelle aussi musées et universités qui bénéficient des largesses des Sackler à refuser leurs prochains dons.

Paradoxalement, sa croisade a reçu le soutien d'une des membres de la famille, Elizabeth Sackler, une fille d'Arthur. «L'épidémie des opiacés est une crise nationale et le rôle qu'y joue Purdue Pharma est moralement répréhensible», a-t-elle affirmé dans une déclaration à plusieurs médias américains.

Elle a souligné que son père, Arthur Sackler, qui est celui qui a donné le plus d'argent aux musées dans le monde, décédé en 1987, n'avait joué aucun rôle dans le développement et la commercialisation de l'OxyContin et que sa participation dans Purdue Pharma avait été vendue à ses frères Mortimer et Raymond avant la production de ce médicament.

«Beaucoup de ce qui a été écrit sur mon défunt mari Arthur ces derniers mois est complètement faux», a affirmé sa veuve Jillian Sackler dans une déclaration transmise mercredi à l'AFP.

«Aucune des donations faites par Arthur avant sa mort, ou aucune de celles que j'ai faites en son nom après sa mort n'ont été financées par la fabrication, la distribution et la vente de l'OxyContin, ou d'autres revenus provenant de Purdue Pharma. Point final», a-t-elle souligné, qualifiant «d'injustice» le fait que le nom d'Arthur Sackler soit mêlé au scandale des opiacés.

Purdue Pharma affiche désormais sur son site internet une mise en garde contre les effets des opiacés.

Mais, selon un rapport rendu public lundi par la sénatrice démocrate Claire McCaskill, Purdue Pharma a apporté son soutien financier à l'association Washington Legal Foundation qui, en 2016, avait critiqué les recommandations des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) visant à limiter la prescription des opiacés dans le cas de douleur chronique.

Ce rapport liste une longue série d'associations médicales spécialisées dans le traitement de la douleur que Purdue Pharma et d'autres groupes pharmaceutiques produisant des opiacés ont aidées financièrement.

«Les organisations qui ont reçu un soutien significatif de ces fabricants ont, en fait, amplifié et renforcé les messages favorisant une augmentation de l'utilisation des opiacés», accuse Mme McCaskill.




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