À 11 jours de la date limite, le président Obama et les républicains sont encore loin d'une entente pour éviter le «mur budgétaire». Entente ou non, les États-Unis devront entreprendre des réformes beaucoup plus importantes à long terme, préviennent deux professeurs de l'Université Harvard.

Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

«Le président Obama doit regarder davantage le grand portrait de la situation fiscale. Le système fiscal doit être réformé, mais ce n'est pas réaliste de le faire la semaine prochaine», dit la professeure Linda Bilmes, professeure de politiques publiques à l'Université Harvard et secrétaire adjointe au Commerce dans l'administration Clinton.

À long terme, la professeure Linda Bilmes pense que les États-Unis devraient hausser leurs impôts sur les gains en capital, les dividendes et les héritages. Mais à 11 jours du «mur budgétaire» [des hausses d'impôt et des réductions budgétaires automatiques s'il n'y a pas d'accord à Washington], les démocrates et les républicains discutent davantage de hausses d'impôt sur les salaires.

Le président Obama a accepté de prolonger les baisses d'impôt de George W. Bush jusqu'à un salaire annuel de 400 000$ (sa proposition en campagne: jusqu'à 250 000$), mais les républicains veulent préserver les baisses d'impôt jusqu'à 1 million de dollars, un plan B des républicains auquel le président Obama a aussitôt promis d'opposer son veto.

«Le compromis d'Obama est raisonnable, pense la professeure Linda Bilmes (dont le seul lien avec la Maison-Blanche est de siéger à des comités consultatifs, dont celui des Parcs nationaux). Le principal problème n'est pas le fardeau fiscal du médecin ou de l'avocat (qui gagne entre 250 000$ et 400 000$ en salaire). Ce sont les gens qui font leurs revenus autrement qu'avec un salaire, et qui sont imposés à un taux beaucoup plus bas. Les gains en capital sont imposés à seulement 15%. Ces enjeux devraient être sur la table.»

Au départ, l'administration Obama voulait hausser l'impôt sur les successions, mais elle devra faire des compromis aux républicains. L'un d'eux: accepter que la hausse de revenus fiscaux soit de 1200 milliards au lieu de 1600 milliards sur 10 ans. Les démocrates font valoir que leur dernière proposition comprend une hausse de revenus fiscaux égale (1200 milliards sur 10 ans) aux réductions dans les budgets de l'État et des programmes sociaux. Les républicains ne sont pas d'accord, faisant valoir que la hausse réelle des revenus est de 1300 milliards et les réductions réelles, de 850 milliards sur 10 ans.

Le président Obama voulait aussi mettre fin au pouvoir du Congrès d'autoriser toute hausse du plafond de la dette, ce même pouvoir qui a mené à la crise politique actuelle. «Cette demande ne passera pas. On négocierait maintenant pour relever le plafond pour d'un ou deux ans. Peu importe le contenu de l'entente, il faut mettre fin à l'incertitude sur les marchés», prévient Robert Pozen, professeur à la Harvard Business School et ancien secrétaire économique de Mitt Romney à l'époque où il était gouverneur du Massachusetts.

Un autre enjeu discuté au cours des négociations: l'inflation des prestations de sécurité sociale (Social Security), notamment pour la retraite. L'administration Obama aurait accepté une nouvelle méthode de calcul de l'inflation proposée par les républicains. Un pas dans la bonne direction, même si c'est insuffisant à long terme, croit Robert Pozen. Membre d'une commission bipartisane sur la question sous l'administration Bush, ce démocrate croit qu'il faut des changements encore plus importants à la façon de calculer les prestations du tiers des bénéficiaires les plus riches. «C'est une solution progressive, à long terme et qui ne donnera pas de choc immédiat à l'économie», dit Robert Pozen.