Après 10 ans de travail acharné, Nemaska Lithium se prépare à entrer sur le marché des batteries au lithium-ion, alors que cette technologie mature pourrait laisser sa place à d'autres plus performantes à moyen terme. Le président et chef de la direction de l'entreprise, Guy Bourassa, prédit toutefois un avenir de « plusieurs décennies » pour la technologie la plus ancienne.

Mis à jour le 19 déc. 2018
HÉLÈNE BARIL LA PRESSE

« Il va toujours y avoir besoin de lithium », a-t-il soutenu lors d'un entretien avec La Presse, en marge de l'assemblée annuelle de Nemaska Lithium. Comme les voitures à essence vont cohabiter longtemps avec les véhicules électriques, les batteries au lithium-ion vont exister longtemps avec les batteries de nouvelle génération, croit Guy Bourassa.

« On est ouverts à toutes sortes d'évolutions, ajoute-t-il toutefois. C'est pour ça qu'on a mis au point le procédé de fabrication le plus efficace et le plus vert. »

Si la demande faiblit du côté des véhicules électriques, Nemaska Lithium regardera d'autres marchés. « Le verre, la céramique, les lubrifiants, dans ces marchés-là, on est capables de compétitionner avec n'importe qui. »

Le marché des batteries rechargeables pour les véhicules électriques continuera d'être le principal débouché pour le lithium pendant encore « plusieurs décennies », croit Guy Bourassa.

La preuve ? Des clients comme LG Chem, fabricant coréen de batteries, voulaient acheter d'avance une plus grande quantité de la production future de Nemaska Lithium. « On a refusé les quantités qu'ils nous demandaient, explique Guy Bourassa. On connaît leurs besoins. » 

« Quand des clients comme LG Chem, un fournisseur de Volkswagen, construisent deux ou trois méga-usines de batteries, ce n'est pas pour du court terme. » - Guy Bourassa, président et chef de la direction de Nemaska Lithium

La presque totalité de la production future de Nemaska Lithium, soit 94 %, est vendue ou promise à des clients comme LG Chem, Northvolt ou Johnson Mattey. L'entreprise prévoit produire 36 000 tonnes de lithium de qualité batteries et vise 10 % du marché mondial.

RENTABILITÉ EN 2021

Nemaska Lithium mène en parallèle la construction d'une mine de spodumène à Wabouchi et l'opération d'une usine de démonstration de lithium à Shawinigan. L'entreprise a réuni cette année 1,1 milliard en financement en combinant plusieurs options originales, ce qui lui a valu le prix du meilleur financement minier de 2018 au Canada.

Un élément-clé de cette collecte de fonds a été l'investissement de 94 millions de la banque japonaise Softbank, son tout premier dans le secteur des ressources naturelles. La firme spécialisée dans la technologie a obtenu en échange une participation de 9,9 % au capital-actions et un représentant, Shigeki Miwa, au conseil d'administration.

« Wow, quelle année on vient de vivre ! », a lancé Guy Bourassa aux actionnaires réunis nombreux hier à Shawinigan.

Les actionnaires ont aussi trouvé l'année 2018 mémorable, mais pour d'autres raisons. L'action, qui valait plus de 2 $ en début d'année, ne s'échangeait plus qu'à 67 cents à la fin.

Guy Bourassa a convenu que le marché avait été « épouvantable » en 2018. Il a voulu rassurer les actionnaires inquiets en expliquant que l'industrie avait souffert d'un rapport de recherche de Morgan Stanley qui prédisait que le marché du lithium serait bientôt inondé par l'offre croissante. Ce rapport est non fondé, assure-t-il, parce que plusieurs des projets en développement ne verront jamais le jour. La demande continuera de surpasser l'offre pour le lithium destiné au marché des batteries, a-t-il dit.

Nemaska Lithium prévoit toujours faire des profits en 2022, après sa première année d'exploitation commerciale. « On génère 75 % de marge brute, alors il n'y a aucun doute dans notre esprit qu'on va générer des profits dès les premières ventes. »