Le Québec a des surplus d'électricité pour encore 20 ans, mais le coussin est de moins en moins épais. La demande d'électricité augmente et les surplus diminuent, constate Hydro-Québec dans son plus récent bilan énergétique, ce qui fait craindre à certains que, oui, on pourrait bientôt manquer d'électricité.

Hélène Baril LA PRESSE

Si la tendance actuelle se maintient, le Québec pourrait manquer d'électricité dès 2024, s'inquiète Jean-François Samray, président de l'Association québécoise des producteurs d'énergie renouvelable.

« Hydro-Québec sous-estime l'augmentation de la demande à venir », explique Jean-François Samray, qui a épluché la mise à jour des prévisions d'Hydro-Québec jusqu'en 2026.

Dans ce document soumis récemment à la Régie de l'énergie, Hydro prévoit avoir des surplus d'électricité jusqu'en 2026. Toutefois, grâce notamment à ses efforts pour attirer les centres de données et les cryptomonnaies, les surplus sont moins importants que prévu et ils diminuent même sous le seuil jugé critique par la Régie de l'énergie, soit trois térawattheures, en 2024.

« Avec une marge de seulement 2,5 térawattheures, il suffit d'un projet d'usine de plus qui se réalise pour qu'on manque d'électricité », s'inquiète Jean-François Samray. Le porte-parole des producteurs privés d'énergie renouvelable dit avoir parlé à plusieurs entreprises et recensé plusieurs projets d'investissement qui, s'ils se réalisent, pourraient non seulement éliminer les surplus d'électricité, mais aussi forcer la société d'État à refuser certains d'entre eux.

QUELQUES PROJETS D'INVESTISSEMENT ANNONCÉS

Solargise : une usine de panneaux solaires à Salaberry-de-Valleyfield (2,3 milliards)

Colo-D : un 3e centre de données à Saint-Bruno

BELT : une bioraffinerie à La Tuque (1 milliard)

Greenfield Global : expansion de 70 % de sa distillerie de Varennes

Projets miniers majeurs en Abitibi (Falco) et sur la Côte-Nord (Black Rock)

« Il n'y aura pas d'électricité pour tout le monde », s'inquiète le porte-parole de l'association qui représente les producteurs privés d'énergie verte, surtout hydroélectrique et éolienne.

DES PRÉVISIONS RÉALISTES ?

Les plus récentes prévisions d'Hydro-Québec tablent sur une croissance des ventes d'électricité de seulement 0,6 % au Québec d'ici 2026. Pour les PME, une baisse de 0,2 % des ventes est prévue et pour les grandes entreprises, c'est 0 %.

Hydro-Québec estime que ses prévisions sont réalistes. « On considère l'ensemble des prévisions et on fait ça de façon prudente », assure Serge Abergel, porte-parole de la société d'État.

Selon lui, tous les projets d'investissement annoncés au Québec sont pris en compte dans les prévisions annuelles et ceux qui sont réalistes sont incorporés aux prévisions. « Il serait totalement imprudent de lancer de nouveaux approvisionnements pour 20 ou 25 ans parce que les surplus prévus baissent pour une année », dit-il.

Serge Abergel ajoute que les prévisions sont revues en continu. « Aucun projet ne sera refusé », assure-t-il.

Jean-François Samray, de son côté, déplore l'opacité des prévisions d'Hydro-Québec. La société d'État pourrait, selon lui, faire la liste des projets inclus dans ses prévisions.

« Il serait temps d'avoir plus de transparence. Ce serait mieux que d'arriver tout d'un coup avec un plan révisé et un scénario catastrophe parce qu'on risque de manquer d'électricité. »

Les prévisions d'Hydro-Québec ont souvent été contestées. La société d'État a même été accusée de sous-estimer la demande d'électricité dans ses requêtes tarifaires à la Régie de l'énergie, et de réaliser des profits supérieurs à ceux autorisés.

Ses dernières prévisions reposent sur « des ventes réelles plus élevées qu'anticipées et une économie plus favorable », explique Hydro dans son dernier bilan déposé à la Régie.

La diminution des surplus s'explique par les ventes supplémentaires aux centres de données et aux serres, mais aussi à la demande pour le minage de cryptomonnaies, dont l'impact se fera surtout sentir entre 2020 et 2024, selon Hydro.

Prévisions des ventes d'électricité 2016-2026

Ventes totales au Québec : + 0,6 %

Petites entreprises : - 0,1 %

Grandes entreprises : 0,0 %

Par secteur

Alumineries : + 0,4 %

Pâtes et papiers : - 2,5 %

Pétrole et chimie : - 1,6 %

Mines : + 3,5 %

Sidérurgie, fonte, affinage : + 0,9 %

Autres : + 1,8 %

Source : Hydro-Québec