Après avoir attendu longtemps leur tour, les municipalités peuvent enfin soumettre des projets de développement éolien. Mais la concurrence s'annonce féroce, notamment de la part des parcs existants.

Hélène Baril
Hélène Baril LA PRESSE

Gilbert Pigeon, maire de Saint-Eugène et préfet de la MRC Rimouski-Neigette, dans le Bas-Saint-Laurent, croit qu'il sera facile pour les promoteurs de parcs éoliens existants d'ajouter quelques éoliennes, de s'associer à une municipalité pour ensuite déposer une soumission à Hydro-Québec à un prix imbattable.

«C'est ça notre crainte», a-t-il confié à La Presse Affaires. La MRC de Rimouski-Neigette travaille actuellement à un projet éolien pour répondre à l'appel d'offres qui vient d'être lancé par Hydro-Québec à l'intention des groupes communautaires et des autochtones.

Cet appel d'offres réservé est venu après que plusieurs municipalités se soient plaintes d'avoir été écartées du développement éolien au profit de promoteurs privés lors des deux premiers appels d'offres éoliens d'Hydro-Québec.

L'appel d'offres limité aux autochtones et aux groupes communautaires porte sur des petits projets d'une capacité maximale de 25 mégawatts chacun, pour un total de 500 mégawatts. À la MRC Rimouski-Neigette, on s'est remis au travail. Hydro-Québec n'avait pas retenu un premier projet de 100 mégawatts proposé par la MRC lors de l'appel d'offres précédent. Il s'agit maintenant de repenser le projet pour le réduire de 100 à 25 mégawatts.

Tout ce travail préparatoire coûte cher et les municipalités ne sont pas riches. L'étude de préfaisabilité coûte 5000$, «et on ne l'a pas», précise le maire Pigeon. Le projet prévoit la construction de 12 éoliennes et nécessiterait un investissement de 60 millions de dollars.

La Fédération québécoise des municipalités a tenté de convaincre le gouvernement québécois d'aider les municipalités à préparer leurs projets avec des prêts sans intérêts ou à faible taux. Sans succès, explique Bernard Généreux. «La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, avait bien accueilli l'idée, mais elle est partie avant de la faire adopter.»

La Fédération a réussi à convaincre le gouvernement d'augmenter le prix maximum fixé d'abord à 9,5 cents le kilowattheure pour l'appel d'offres réservé aux autochtones et aux groupes communautaires. À ce prix, aucun projet d'aussi petite taille n'aurait pu être rentable. Les petits projets sont plus difficiles à rentabiliser parce qu'ils doivent supporter les mêmes frais fixes que les gros, pour une production d'énergie inférieure.

Au nouveau prix de 12,5 cents le kilowattheure, la rentabilité s'annonce meilleure pour les municipalités et les groupes communautaires, mais l'appel d'offres intéresse aussi les acteurs déjà actifs dans le secteur.

Innergex et Boralex, par exemple, ont déjà fait connaître leur intérêt pour cet appel d'offres réservé. Innergex est l'entreprise qui a raflé la plus grande partie du premier appel d'offres éolien de 1000 mégawatts et Boralex , avec son partenaire Gaz Métro, a obtenu 272 mégawatts des 2000 mégawatts du deuxième appel d'offres éolien.

Les deux entreprises pourraient s'associer avec des municipalités dans de nouveaux projets ou dans l'extension de leurs projets existants.

Inquiétude

Pour les municipalités qui partent de zéro ou presque, comme la MRC Rimouski-Neigette, c'est une concurrence jugée déloyale. L'investissement nécessaire pour agrandir un parc existant n'est qu'une fraction de celui exigé par un nouveau parc. Le prix final offert par le promoteur pourrait donc est très bas, s'inquiète Gilbert Pigeon. «On ne pourra pas aller au maximum (12,5 cents) si on veut que notre projet soit retenu», dit-il.

PRIX DE L'ÉNERGIE ÉOLIENNE

Premier appel d'offres de 1000 mégawatts : 6,5 cents le kilowattheure

Deuxième appel d'offres de 2000 mégawatts : 8,7 cents le kilowattheure

Appel d'offres réservé aux municipalités et aux autochtones : 12,5 cents le kilowattheure (prix maximal)