L'année 2008 a beau avoir été un désastre sur tous les plans, le secteur forestier n'a peut-être pas encore touché le fond du baril, a estimé Guy Chevrette, jeudi.

Martin Ouellet LA PRESSE CANADIENNE

Devant les membres du Conseil de l'industrie forestière réunis en assemblée générale annuelle à Québec, le président-directeur général du CIFQ n'a pas caché son inquiétude quant aux perspectives d'avenir du secteur forestier dans les mois à venir.

Si l'année 2008 «est à oublier au plus sacrant», celle en cours risque aussi d'être fort éprouvante, a fait valoir le bouillant représentant de l'industrie québécoise de la forêt.

Jusqu'à maintenant, la crise forestière a entraîné la suppression permanente ou temporaire de 40 000 emplois directs et indirects, dont 20 000 durant la seule année 2008.

Et de l'avis de M. Chevrette, le chemin de croix n'est pas fini.

En raison du marasme dans lequel est plongée l'industrie de la construction aux États-Unis, la saignée des emplois au Québec risque de se poursuivre jusqu'à tard en 2009, a-t-il avancé

«Des gens du milieu avec les deux pieds sur le terrain me disent qu'il y aura des mises à pied jusqu'en novembre ou décembre», a dit le PDG du CIFQ.

Pendant son allocution, M. Chevrette s'en est pris durement au gouvernement fédéral qu'il a accusé d'avoir abandonné la forêt au profit de l'automobile en Ontario.

«Je ne sais pas si c'est un calcul politique, mais il est clair que le gouvernement fédéral ne craint pas l'électorat des communautés dispersées vivant de la forêt. Il a choisi d'aider les 500 000 travailleurs de l'auto en Ontario plutôt que les 800 000 travailleurs de la forêt éparpillés partout au Canada», a-t-il soutenu.

Ottawa a réservé 170 millions $ sur deux ans pour l'industrie forestière alors qu'il a consenti des garanties de prêt à hauteur de 2,7 milliards $ pour l'industrie automobile, a rappelé l'ancien politicien passé au service des exploitants forestiers.

Les environnementalistes sont aussi dans la mire du président du CIFQ, qui leur reproche d'entacher l'image de l'industrie.

En créant «la perception que l'industrie forestière est affreuse», les campagnes tapageuses de certains environnementalistes ont rendu les pouvoirs publics plus réticents à soutenir l'exploitation de la forêt, a déploré M. Chevrette.

«Nous vivons sur un continent où il n'y a pas de déforestation. Ils (les environnementalistes) donnent l'impression que le Québec est en déforestation alors que c'est tout à fait faux. Il n'y a pas matériau plus écologique que l'arbre. On peut faire de la foresterie tout en s'assurant de la pérennité de la forêt», a-t-il argué.