L'utilisation des réseaux sociaux a beau être bien implantée au pays, les Canadiens sont loin derrière lorsqu'il est question d'utiliser Facebook, LinkedIn et Twitter pour développer leurs réseaux professionnels ou se chercher un emploi.

Mis à jour le 16 mai 2011
Iris Gagnon-Paradis, collaboration spéciale LA PRESSE

Si 76% des Canadiens ont un profil sur un réseau social, ils ne sont pourtant que 27% à l'utiliser pour se présenter en tant qu'employé et tout autant à affirmer qu'ils utiliseraient les médias sociaux plutôt que la voie traditionnelle pour se trouver un emploi.

Ces résultats, tirés de l'Enquête trimestrielle sur le travail réalisée par Randstad dans 29 pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique, montrent que, si le Canada est dans la moyenne quant à l'adhérence à des réseaux sociaux, il est plutôt en retard quand vient le temps de les utiliser à des fins professionnelles. En Chine, par exemple, 63% des travailleurs utilisent les médias sociaux professionnellement, un pourcentage qui atteint 78% en Inde.

«Ces économies en effervescence, où le poids démographique des jeunes est beaucoup plus grand, ont réalisé plus rapidement toutes les opportunités qui se trouvent dans les médias sociaux, que ce soit pour la recherche d'emploi ou le réseautage professionnel», constate Marc-Étienne Julien, président de la division Recrutement pour Randstad Canada.

Les raisons du retard des Canadiens par rapport à ces économies émergentes pourraient s'expliquer par l'attitude frileuse des employeurs quant aux réseaux sociaux. En effet, si 39% des travailleurs canadiens disent avoir accès aux médias sociaux sur leur lieu de travail, la réalité est tout autre en Asie alors que 72% des employés chinois et 76% des employés indiens y ont accès.

Conséquemment, ils sont beaucoup plus nombreux en Inde (68%) et en Chine (65%) à utiliser les médias sociaux pour obtenir de l'information sur des clients qu'au Canada (25%). Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ne font guère mieux, avec 30%.

Il ne faut pas oublier la réalité des conditions des travailleurs dans ces pays, explique Jacques Hamel, professeur en sociologie à l'Université de Montréal: «Les travailleurs en Chine et en Inde ont peut-être moins de moyens, mais ils sont aux prises avec les mêmes contraintes de temps que les autres. Les réseaux sociaux deviennent des outils puissants et très économiques pour obtenir des informations, faire des recherches, et ce, très rapidement.»

Spécialiste de la génération numérique, qui a grandi avec les jeux vidéos, l'internet et, maintenant, Facebook, Twitter et les autres, M. Hamel a pu constater que le même phénomène se produit chez les jeunes oeuvrant dans le domaine du multimédia, où les délais sont souvent très courts. «Plutôt que de faire des recherches, ils vont utiliser leurs réseaux pour trouver rapidement des solutions à leurs problèmes», note-t-il.

Une réalité en train de changer?

Avec l'arrivée de la nouvelle génération sur le marché du travail, cette réalité ne peut que s'accentuer, croit M. Hamel: «Les jeunes qui sont sur Facebook seulement pour s'amuser aujourd'hui vont certainement l'utiliser pour réaliser leur travail demain.»

Certains résultats indiquent effectivement que l'idée d'utiliser les médias sociaux à des fins professionnelles commence à faire son bout de chemin: 56% des travailleurs canadiens les consultent pour préparer une interview et 61% estiment que les réseaux sociaux pourraient les aider à trouver un emploi.

Finalement, 51% des répondants affirment qu'ils prendraient en considération des commentaires négatifs trouvés sur les réseaux sociaux à l'égard d'une entreprise. Une autre raison pour les employeurs, selon M. Julien, d'emboîter le pas aux économies émergentes: «Les réseaux sociaux représentent des opportunités d'affaires, mais aussi permettent de développer la marque de l'employeur, d'autant plus que l'on sait que c'est utilisé pour se forger une opinion.»