Au cours des deux derniers siècles, les sociétés occidentales ont connu d'importantes transformations. Aujourd'hui, la société informationnelle accorde une place centrale à l'entreprise, dont le rôle va bien au-delà de celui de pourvoyeur d'emploi.

Publié le 26 mars 2011
Joëlle Charpentier, collaboration spéciale LA PRESSE

De l'ère agricole à l'industrialisation

À l'ère agricole, l'information se transmet à l'intérieur du village, le plus souvent par le bouche-à-oreille. Le travail s'exerce au sein de la collectivité et pour le bien commun et la famille élargie occupe une place prépondérante. L'Église et la famille élargie constituent des repères forts qui maintiennent la cohésion sociale. La société industrielle qui suit commence à institutionnaliser la production de biens et de services. Le temps, devenu structuré et réglé, régit de plus en plus l'activité humaine. L'information circule plus rapidement, mais encore en différé. C'est l'époque des vastes usines de montage et de l'apparition des produits de consommation. L'homme échange son savoir-faire contre rémunération. L'entreprise devient le créateur d'emploi. En raison de la migration vers la ville, les contacts avec la famille élargie sont moins étroits, la famille nucléaire assure la cohésion sociale.

La société informationnelle

Dans la société informationnelle, les nouvelles technologies transforment la communication ; les informations arrivent en temps réel et chacun peut être en contact en simultanée avec des centaines de personnes dans le monde grâce aux réseaux sociaux. Dans cette nouvelle réalité, notre rapport au temps et aux autres est profondément transformé. Toute attente crée dorénavant de l'impatience. La famille également se transforme : nombreux sont les cas où les deux parents travaillent plus de quarante heures par semaine, les familles monoparentales ou reconstituées abondent, pendant que de plus en plus d'individus vivent seuls. Parallèlement, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s'engager dans des transformations organisationnelles à la suite de fusions ou d'acquisitions ou simplement parce qu'elles ne sont plus compétitives. À tous les égards, l'environnement des individus est fragmenté et en constant changement, alors que les points d'ancrage qui assuraient la cohésion collective et sociale sont moins prépondérants.

Le rôle des entreprises en 2011

Dans ce contexte, l'entreprise doit-elle jouer un rôle? Doit-elle prendre les devants pour assurer une forme de cohésion? Des gestionnaires se posent la question lorsque des employés partent en congé de maladie pour cause de stress, tiennent des propos offensants ou entrent en conflit avec leurs collègues. Les tensions ou la démonstration d'un manque de civilité ne sont probablement pas pires aujourd'hui qu'avant, mais nous sommes plus conscients de leur coût. C'est pourquoi des entreprises prennent des initiatives pour développer la cohésion au sein de leur personnel. Certaines donnent des cours de civilité, de gestion de soi et de communication interpersonnelle à leur personnel; d'autres mettent en place des démarches visant à responsabiliser les employés. Dans le monde du travail, on répertorie de plus en plus de projets qui favorisent l'engagement social et environnemental.

S'il est vrai qu'un employé, un gestionnaire ou un dirigeant compétent est avant tout un être humain compétent, l'entreprise fera des gains substantiels sur le plan de sa performance organisationnelle en contribuant au développement des individus et des groupes qui la composent et, par la force des choses, la société en sortira gagnante.

Joëlle Charpentier, CRHA, MBA, est associée chez Maletto et associés, Services-conseils en développement organisationnel.