Les Québécois sont toujours plus nombreux à acheter en ligne, mais les détaillants canadiens en profitent peu.

Mis à jour le 13 oct. 2016
Marie-Eve Fournier LA PRESSE

Dans la dernière année, 62 % des Québécois ont fait des achats en ligne, ce qui représente une hausse de 4 % par rapport à l'année précédente. Or, les achats sur des sites canadiens n'ont augmenté que de 1 %, révèle un sondage effectué par Groupe Altus pour le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) et dévoilé à l'événement eCommerce-Québec.

Les sites étrangers et Amazon ont obtenu pas mal plus de succès : ils affichent des bonds de 9 % et 7 % respectivement. De sorte que l'avance des sites canadiens dans le coeur des Québécois s'amenuise.

Qu'est-ce qui explique ce phénomène ? « La vraie réponse, c'est que [sur les sites étrangers], les gens trouvent ce qu'ils veulent, au prix qu'ils veulent, dans les délais qu'ils veulent. Ils sont performants, on ne peut le nier », répond le PDG du CQCD, Léopold Turgeon.

Les sites d'entreprises canadiennes obtiennent encore la faveur de 61 % des Québécois. Mais pas moins de 45 % des répondants au sondage affirment avoir acheté quelque chose sur Amazon. La proportion est de 39 % lorsqu'il s'agit d'achats « sur un site d'un détaillant présent ailleurs dans le monde ».

Le CQCD estime par ailleurs que les commerces québécois sont désavantagés sur l'échiquier mondial parce que « les règles du jeu » ne sont pas les mêmes pour tout le monde, ce qui fait en sorte - entre autres conséquences - que les prix sont plus élevés sur les sites canadiens.

« Nos détaillants ici paient des salaires, des taxes, des impôts, des loyers, ils contribuent à l'économie. Ils sont nettement désavantagés par rapport aux entreprises étrangères qui vendent leurs produits sans avoir aucune contribution à l'économie [du Québec] », avait déclaré M. Turgeon lors d'une sortie publique, au début du mois d'octobre. L'association de détaillants croit que « l'iniquité fiscale » menace la survie de certains détaillants, des artères commerciales et des centres commerciaux.

CONSOMMATION « EXPORTÉE »

Un peu plus tôt dans la journée, lors d'une conférence portant sur l'après-commerce électronique, le professeur Jacques Nantel, de HEC Montréal, avait justement déploré le fait qu'on « exporte notre consommation ».

« Ça va mal. Il faut qu'on ramène ça », a-t-il lancé aux détaillants, les exhortant à investir au plus vite dans un site web transactionnel. « Le coût d'entrée n'a jamais été aussi bas. C'est le temps de bouger ! »

L'universitaire a rappelé que seulement 14,5 % des détaillants québécois possèdent un site transactionnel et que la grande majorité d'entre eux (69 %) réalisent des ventes annuelles de moins de 100 000 $ sur le web.

Au Québec, les ventes au détail en ligne s'élèvent à 6,6 milliards de dollars, soit de 10 à 12 % de toutes les ventes (110 milliards), si l'on exclut l'apport de l'essence et de l'alimentation.

« BOND SPECTACULAIRE » DE LA CONFIANCE

La confiance des consommateurs québécois, envers leurs finances personnelles et celles de la province, a atteint son plus haut niveau en trois ans. Par rapport à l'automne 2015, l'indice de confiance établi par Groupe Altus a grimpé de 10,2 points pour s'établir à 93 points. Il s'agit du niveau le plus élevé depuis l'automne 2013. Le CQCD parle d'un « bond spectaculaire ».

Cependant, le niveau de confiance demeure sous la barre des 100 points, ce qui se signifie qu'il y a encore un plus grand nombre de Québécois pessimistes qu'optimistes.

Malgré cette embellie, les Québécois prévoient dépenser moins dans toutes les catégories de produits, à l'exception des chaussures et des vêtements. Jean-François Grenier, directeur principal de Groupe Altus, préfère voir le verre à moitié plein. Oui, les Québécois prévoient réduire leurs dépenses, mais de façon moins marquée que l'an dernier, fait-il remarquer. « Ça s'améliore dans tout ! »