Le plus grand libraire de la province refuse de transmettre ses chiffres de ventes au gouvernement du Québec qui veut faire de cette divulgation un préalable pour les entreprises qui recevront de l'aide financière en vertu du nouveau programme d'aide à l'industrie du livre.

Mis à jour le 12 juill. 2016
Hélène Baril LA PRESSE

Le grand patron de Renaud-Bray, Blaise Renaud, s'est inscrit lui-même au Registre des lobbyistes pour combattre l'intention du gouvernement d'obliger les librairies québécoises à lui fournir de l'information sur leurs ventes, si elles veulent bénéficier des mesures de soutien à l'industrie du Plan d'action sur le livre.

« La transmission d'informations commerciales de nature concurrentielle à des concurrents et à des fournisseurs ainsi qu'au public en général [...] va à l'encontre de nos intérêts commerciaux », explique l'entreprise dans son inscription au Registre des lobbyistes du Québec.

Renaud-Bray est le seul libraire du Québec qui refuse de divulguer ses chiffres de ventes, explique Louis Dubé, de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC). Selon lui, ces informations restent confidentielles, puisque les membres de l'industrie n'ont accès qu'à leurs propres données ou aux données agglomérées de tout le secteur de l'édition.

« Le gouvernement a besoin de ces statistiques pour pouvoir prendre des décisions. Il est important que le milieu contribue à la cueillette d'information. » - Louis Dubé, de la SODEC

« [De telles exigences], ça existe partout dans le monde », ajoute Louis Dubé.

Chez Renaud-Bray, la porte-parole Denise Courteau soutient qu'aucune entreprise commerciale n'a intérêt à fournir des informations sur ses ventes à ses concurrents. Elle ne croit pas que ces données restent confidentielles parce qu'elles sont présentées sous une forme agglomérée. « C'est plus compliqué que ça. On ne commentera pas », a-t-elle dit en réponse aux questions de La Presse.

UN GROS TROU

Renaud-Bray a acquis Archambault, qui appartenait à Québecor, en avril 2015. Ensemble, les deux entreprises ont une part du marché québécois estimée à 40 %. Archambault, qui divulguait ses chiffres de ventes du temps de son ancien propriétaire, a cessé de le faire depuis que la transaction a été conclue et approuvée par le Bureau de la concurrence, ce qui fait un gros trou dans les statistiques gouvernementales.

La remise d'un rapport annuel est exigée des librairies québécoises pour qu'elles reçoivent l'agrément du ministère de la Culture et des Communications. En plus de donner accès à l'aide financière de la SODEC, l'agrément offre aux librairies la clientèle des écoles, bibliothèques et autres institutions publiques, qui ont l'obligation de s'approvisionner auprès des entreprises agréées.