Les temps sont durs pour les fruiteries. Tandis que les supermarchés traditionnels améliorent leur offre de fruits et légumes, les grandes surfaces comme Costco et Walmart mettent de la pression à la baisse sur les prix.

Mis à jour le 18 nov. 2013
Marie-Eve Fournier LA PRESSE

«C'est sûr que ce n'est pas facile. Il y a des défis, ça, c'est certain», concède Éric Fortin, propriétaire des fruiteries Valmont depuis 2008. L'homme d'affaires vient d'ailleurs de fermer l'un de ses huit commerces, celui du boulevard Taschereau, à Greenfield Park (ouvert depuis 2006).

Il explique la non-rentabilité de sa fruiterie par l'attrait de Costco et le fait que la fruiterie était mal située. «La grande popularité du DIX30 de Brossard, à quelques kilomètres, a fait fuir la clientèle naturelle de Valmont [plutôt nantie] du boulevard Taschereau. C'est un marché compétitif [...]. Les enseignes à rabais comme Super C, Maxi, Walmart et Costco sont en forte croissance. Ça nous touche par la bande parce que ça met de la pression sur les supermarchés traditionnels qui améliorent leur offre de produits frais pour se démarquer et sortir de l'élément prix», explique Éric Fortin, tout en admettant qu'il ne s'attendait pas à ce que ce soit «si difficile» quand il a acheté Valmont.

Dans le cas précis de la succursale du boulevard Taschereau, Valmont devait aussi compétitionner avec la Fruiterie 440, juste en face, qui se targue d'être «le plus grand détaillant de fruits et légumes frais au Québec avec ses cinq succursales». Cette chaîne est reconnue pour ses bas prix.

Les problèmes de Valmont à Greenfield Park n'effraient pas Citron que c'est bon. La fruiterie s'installera dans le local laissé vacant, a appris La Presse Affaires. L'ouverture est prévue pour la fin de janvier. «Chacun son créneau. À Mascouche, la Fruiterie 440 est à trois kilomètres de chez nous. Ceux qui vont là ne viennent pas ici, et vice-versa. On ne vise pas du tout la même clientèle. Nous, on mise sur la qualité, la fraîcheur et l'achat local», raconte son copropriétaire, Iannick Lemay.

À l'heure actuelle, Citron que c'est bon ne possède qu'une succursale, sur la montée Masson, à Mascouche. L'entreprise ambitionne d'avoir «entre trois et cinq» fruiteries dans cinq ans.

Perception erronée

Marcel Paré, président du Groupe Épicia - 4 enseignes totalisant 30 magasins dans 4 régions du Québec - déplore aussi la «confiance aveugle» des consommateurs envers Costco et Walmart qui ont su établir un lien avec les consommateurs. «Chez Walmart, tu n'as pas le sentiment que tu vas te faire avoir, alors les gens achètent avec confiance. Ce qui n'est pas le cas dans une fruiterie. Les gens croient que c'est plus cher dans une boutique spécialisée.»

Éric Fortin observe le même phénomène. Pourtant, ses chiffres lui disent que ses prix sont inférieurs à ceux des grandes surfaces. «Quand on prend un panier des 50 articles le plus vendus, en moyenne, sur 3 ans, on est 10 ou 15% moins cher. [...] C'est tellement difficile de faire changer les perceptions.»

En vendant leurs fruits et légumes en paquets à prix fixe, Walmart et Costco rendent les comparaisons de prix plus difficiles, fait remarquer Marcel Paré, dont les fruiteries n'échappent pas à l'actuelle guerre de prix.

Connaître ses produits

Chez Citron que c'est bon, on affirme très bien tirer son épingle du jeu malgré la présence de géants aux moyens colossaux. «Walmart, Maxi, Metro, IGA, je les ai tous dans un rayon de même pas trois kilomètres et mes affaires vont très bien. Mais c'est sûr qu'il faut que les gens voient une différence quand ils viennent chez vous, sinon, ils vont dans les chaînes!», lance Iannick Lemay. Il faut connaître ses produits, précise-t-il.

«Quand les clémentines du Maroc commencent, si tu connais ça, t'attends qu'au moins deux bateaux soient arrivés avant d'en commander. Sinon, ça ne s'épluche pas et ça goûte le citron.»

Lors d'une journée portant sur le commerce de détail organisée par la Banque Scotia, à la mi-septembre, les présidents de Metro et de Sobeys (IGA) ont tous deux indiqué que leur priorité était «le frais». «Notre stratégie unique axée sur l'alimentation et notre expertise dans le rayon du frais se sont soldées par une expérience client différenciée de celle des magasins de rabais [discounters] et des grandes surfaces», a dit Marc Poulin, de Sobeys.