L'économie canadienne a perdu des emplois pour un deuxième mois d'affilée en mai, mais les salaires ont affiché leur plus forte croissance annuelle en neuf ans, a indiqué vendredi Statistique Canada.

Mis à jour le 8 juin 2018
LA PRESSE CANADIENNE

Quelque 7500 emplois ont disparu en mai, la baisse de l'emploi à temps plein n'ayant été que partiellement contrebalancée par une augmentation des emplois à temps partiel, a précisé l'agence fédérale. Le taux de chômage s'est quant à lui maintenu à 5,8 % pour un quatrième mois consécutif.

Les économistes s'attendaient à une augmentation de 17 500 emplois, selon les prévisions recueillies par Thomson Reuters Eikon.

Toutefois, les salaires horaires moyens, un indicateur clé pour la Banque du Canada, ont augmenté de 3,9 % par rapport à l'année précédente, ce qui représentait leur plus forte augmentation depuis avril 2009.

Pour Robert Kavcic, économiste principal à la Banque de Montréal, la croissance des salaires témoigne d'un solide marché du travail au Canada et d'une économie qui fonctionne près de son plein potentiel.

«Cela renforce l'idée que le marché du travail se rapproche vraiment du plein emploi et se resserre suffisamment pour faire grimper les salaires», a-t-il affirmé.

M. Kavcic a ajouté qu'en tenant compte d'autres données économiques récentes - notamment un solide rapport sur la balance commerciale plus tôt cette semaine -, la Banque de Montréal maintenait ses prévisions voulant que la Banque du Canada hausse son taux d'intérêt directeur en juillet.

«Nous croyons que la banque est toujours prête à agir», a-t-il déclaré.

La Banque du Canada a laissé son taux d'intérêt directeur inchangé lors de sa plus récente annonce, la semaine dernière, mais elle a aussi abandonné une référence à la prudence dans son communiqué de presse explicatif. Les économistes ont interprété ce changement comme un signal que la prochaine hausse des taux d'intérêt pourrait survenir plus tôt que tard .

La banque centrale a relevé son taux cible du financement à un jour à trois reprises depuis l'été dernier. Celui-ci se situe actuellement à 1,25 %.

Portait inchangé au Québec

L'économiste en chef adjoint à la Banque Royale, Paul Ferley, a observé qu'une partie de la croissance des salaires reflétait les augmentations du salaire minimum introduites cette année en Ontario et au Québec, mais que ces augmentations n'expliquaient pas toutes les pressions à la hausse.

«Le fait que les marchés du travail fonctionnent légèrement au-delà de leur capacité, avec un faible taux de chômage et une pression à la hausse sur la croissance des salaires, est un vote en faveur d'une poursuite du resserrement de Banque du Canada», a écrit M. Ferley dans une brève note à ses clients.

Le recul d'ensemble du nombre d'emplois était attribuable à la perte de 31 000 emplois à temps plein, ce qui a été partiellement contrebalancé par un gain de 23 600 postes à temps partiel.

Le secteur des soins de santé et de l'assistance sociale a perdu 24 000 emplois, tandis que le secteur manufacturier en a perdu 18 000. Le nombre d'emplois dans la construction a diminué de 13 000.

Des emplois ont été créés dans le secteur de l'hébergement et des services de restauration, qui a accueilli 18 000 nouveaux travailleurs, soutenu par la croissance en Colombie-Britannique. Le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques a créé 17 000 emplois et le transport et l'entreposage en ont ajouté 12 000.

À l'échelle régionale, l'Île-du-Prince-Édouard a affiché un gain de 800 emplois, tandis que 12 000 postes ont disparu en Colombie-Britannique.

Au Québec, une baisse du travail à temps plein a été contrebalancée par un gain de l'emploi à temps partiel, ce qui fait en sorte que le portrait de la province reste essentiellement inchangé. Le nombre de personnes travaillant en Ontario n'a pratiquement pas changé, a précisé Statistique Canada.

D'une année à l'autre, le marché du travail a gagné 238 000 emplois, une croissance de 1,3 %entièrement attribuable au travail à temps plein.