On a beau déplorer la faiblesse de l'expansion canadienne au cours du présent cycle, elle arrive quand même à surprendre par sa relative vitalité.

Rudy Le Cours LA PRESSE

On a beau déplorer aussi la faible augmentation des prix à la consommation qui est censée refléter celle de la croissance, l'assiette fiscale a gonflé rapidement durant l'été. Cela devrait donner un p'tit coup de pouce aux ministres des Finances.

Statistique Canada nous a appris hier que l'expansion canadienne s'était accélérée durant l'été, pavant même la voie à une croissance décente en fin d'année, malgré les difficultés de l'économie américaine.

Le PIB réel a crû de 2,7% en rythme annualisé, soit mieux que la prévision des experts (2,5%) et de la Banque du Canada (1,8%). Il s'agit d'une nette amélioration par rapport à l'expansion de 1,6% au deuxième trimestre et du rythme de croissance le plus élevé en deux ans.

Seuls le Royaume-Uni (3,2%) et peut-être les États-Unis (2,8% avant révisions) auront fait mieux au sein du G7.

En septembre, la taille de l'économie mesurée par industrie a aussi épaissi de 0,3%, tout comme en août, grâce au rebond bienvenu de la production en usines. Cela donne un bel élan à l'expansion pour le dernier trimestre où l'on pourrait observer un rythme annualisé autour de 2%.

En un an, le volume de production a progressé de 2,3%. Fait encourageant, la production industrielle, qui amalgame l'extraction minière, la fabrication et les services publics (électricité, pipelines), a bondi de 3,2%. La fabrication reste toutefois le point faible avec un gain anémique de 0,2%.

Du côté des services, le leadership de la croissance revient au commerce de détail, aux segments de la finance, des services professionnels et de la santé. Les administrations publiques ont par contre fait preuve d'anémie, austérité budgétaire oblige.

Exprimé en dollars d'aujourd'hui (le PIB nominal), le rythme annualisé de l'expansion a bondi de 0,8%, au printemps, à 5,6%, de juillet à septembre. Le PIB nominal est la meilleure estimation de l'assiette fiscale.

Pour les férus de gros chiffres, précisons que la taille de l'économie était estimée à 1887,8 milliards au troisième trimestre.

En termes réels, la croissance a été assurée avant tout par la consommation, qui a ajouté 1,2 point sur les 2,7. Bien qu'inférieur à celui, insoutenable, de 1,9 point du printemps, l'apport estival de la consommation ne s'est pas fait au détriment de l'épargne. Le revenu intérieur brut, une mesure du pouvoir d'achat, ayant augmenté de 3,6% en rythme annuel, soit davantage que la taille de l'économie. Le taux d'épargne des ménages a d'ailleurs atteint 5,4%, contre 4,9% en moyenne au cours des 10 trimestres précédents.

Autre élément encourageant, les entreprises ont augmenté leurs investissements, qui avaient décru au printemps. Les administrations publiques y sont aussi allées d'une modeste contribution, tout comme l'immobilier résidentiel, soutenu par la rénovation et le marché de la revente.

C'est toutefois le gonflement des stocks qui a apporté l'autre contribution substantielle à l'expansion.

Les entreprises ont comblé tout le déstockage du trimestre précédent. Plusieurs économistes en ont déduit qu'il y aura à nouveau déstockage cette saison. En principe, cela devrait entraver la croissance automnale, d'autant plus qu'on observe déjà un net ralentissement de l'économie américaine.

D'autres, en revanche, font valoir que le gros de l'augmentation des stocks vient de la production agricole, à cause d'abondantes récoltes de blé et de canola. Cela n'aura pas les mêmes conséquences fâcheuses qu'un stockage de biens manufacturés.

La seule ombre incontestable au tableau vient du commerce international. Tant les volumes d'exportations que d'importations ont diminué, les premiers davantage que les seconds. Pour une économie ouverte comme celle du Canada, ce n'est pas de bon augure, surtout avec la faiblesse de l'expansion américaine et la quasi-stagnation européenne.

Le coup de bascule de la consommation vers le commerce extérieur, tant souhaité par la Banque du Canada, ne paraît pas être en mesure de se produire sitôt.

Ils ont dit:

«Il faut considérer le ralentissement de la croissance des dépenses de consommation dans le contexte d'une augmentation insoutenable le trimestre précédent. Sur l'ensemble des deux trimestres, la consommation fait preuve d'une certaine résilience, soutenue par de bons revenus disponibles.»

- Krishen Rangasamy, économiste, Banque Nationale

«Le rebond du troisième trimestre est une bonne amorce de l'utilisation des capacités inutilisées qui ont augmenté avec une croissance anémique depuis deux ans. En fait, c'est la seconde fois seulement durant cette période où la croissance dépasse les 2%.»

- Leslie Preston, économiste, TD

«La croissance du trimestre précédent avait été ralentie par les inondations en Alberta et la grève de la construction au Québec. Le rattrapage a stimulé la croissance estivale. Nous n'assumons donc pas que ce rythme va se poursuivre.»

- Paul Ferley, économiste en chef adjoint, RBC