Le Parti libéral du Canada plaide en faveur de la route de l'Est pour offrir des débouchés aux pétrolières albertaines, aux prises avec des difficultés avec les projets de pipelines Keystone et Northern Gateway.

Publié le 7 sept. 2012
Hugo De Grandpré LA PRESSE

Lors de la réunion du caucus de son parti, cette semaine à Montebello, le chef intérimaire Bob Rae a exhorté ses troupes à considérer cette option, qu'il a présentée comme étant à la fois économiquement viable et susceptible de consolider l'unité nationale. Au même moment, dans les pages du quotidien Calgary Herald, l'ancien proche conseiller de Jean Chrétien Eddie Goldenberg a rédigé une lettre d'opinion allant dans le même sens. M. Goldenberg a fait valoir que plusieurs entreprises et politiciens, dont le chef du NPD Thomas Mulcair, voyaient cette idée d'un oeil de plus en plus favorable.

Dans sa lettre, M. Goldenberg a en outre fait état de la nécessité de construire un tronçon d'oléoduc allant de Montréal à Terre-Neuve.

«Quand une première ministre de l'Alberta comme Mme Redford dit que l'Alberta est prête à discuter d'une stratégie nationale pour l'énergie, a souligné Bob Rae, il faut dire: «Voilà un moment important pour le pays de saisir cette opportunité.» Et c'est ce que je veux faire.»

Selon le chef libéral, le projet permettrait à la fois de réduire les prix pour les consommateurs dans les provinces du centre et de l'Est du Canada, en plus de stimuler le secteur du raffinage dans des régions comme celle de Montréal.

Mais Jean-Thomas Bernard, professeur d'économie à l'Université d'Ottawa, en doute. D'une part, dit-il, la réalité est bien différente de celle des années 70 ou 80, où des prix avantageux permettaient au Québec de développer cette industrie du raffinage. D'autre part, il serait surprenant que les pétrolières albertaines acceptent de vendre leur produit moins cher que ce que les Québécois paient déjà; les faibles prix auxquels elles sont confinées explique leur recherche active de nouveaux débouchés.

Le professeur Bernard juge néanmoins que le projet «a du sens - du moins en partie». «D'abord, souligne-t-il, les infrastructures existent: on a déjà du pétrole jusqu'à Montréal.» Il s'agirait donc d'inverser la direction de pipelines existants ou de convertir le gazoduc TransCanada en oléoduc. «On ne parle pas de milliards de dollars, croit-il. Et ça pourrait se faire assez rapidement.»

Il doute cependant de la nécessité de construire un tronçon entre Montréal et Terre-Neuve, tel qu'évoqué par le libéral Eddie Goldenberg dans sa lettre, vu la capacité de production pétrolière de la province insulaire.

Obstacles

Les pétrolières albertaines, qui prévoient multiplier leur production au cours des prochaines années, font des pieds et des mains pour trouver de nouveaux débouchés pour leur produit. Le projet de pipeline Keystone, qui devait acheminer le brut vers le sud des États-Unis, a du plomb dans l'aile depuis que des pressions populaires eurent forcé Barack Obama à mettre le projet sur la glace. Le projet Northern Gateway, qui doit passer par la côte ouest, pourrait subir le même sort, surtout si le NPD prend le pouvoir d'ici quelques mois en Colombie-Britannique.

Selon Sidney Ribaux, directeur général de l'organisme de défense de l'environnement Équiterre, les politiciens fédéraux auraient tort de penser que l'opposition à un tel transport du brut albertain sera moins forte au Québec qu'ailleurs en Amérique du Nord.

«C'est évident que des pipelines pour acheminer des sables bitumineux vont amener une mobilisation citoyenne importante», a noté M. Ribaux. Il a entre autres évoqué la vive opposition manifestée depuis plusieurs années au projet Trailbraker par des citoyens et des groupes. Ce projet vise justement à inverser le flux d'un important pipeline entre Montréal et Sarnia pour acheminer du pétrole de l'Alberta jusqu'à la métropole québécoise, puis vers le nord-est des États-Unis.

«Ceux qui proposent de faire ces pipelines disent: «On doit quintupler la production des sables bitumineux dans les deux prochaines décennies», fait remarquer M. Ribaux. Or, notre point de vue, c'est qu'on devrait les développer à un rythme beaucoup plus lent que ça. En fait, on devrait ralentir.»