Le gouvernement Harper est passé de la parole aux actes, hier, et a déposé un projet de loi pour mettre fin au lock-out qui dure depuis près d'une semaine à Postes Canada.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

La ministre du Travail, Lisa Raitt, a réitéré hier que le gouvernement a pour priorité de soutenir la croissance économique et qu'il interviendra dans tout conflit de travail qui pourrait la compromettre.

La loi d'exception, une fois qu'elle aura obtenu la sanction royale, donnera le mandat à un arbitre indépendant d'imposer une nouvelle convention collective en retenant la proposition de l'employeur ou l'offre du syndicat. La décision de l'arbitre sera sans appel et contraignante. Le contrevenant s'expose à des amendes pouvant atteindre 100 000$.

Dans l'intervalle, la convention collective, échue depuis le 31 janvier, continuera de s'appliquer.

Mme Raitt a déposé le projet de loi deux heures après s'être entretenue au téléphone avec le PDG de Postes Canada, Deepak Chopra, et le président du Syndicat des travailleurs et des travailleuses des postes (STTP), Denis Lemelin, dans une ultime tentative de relancer les négociations.

Peu de temps après, les deux parties ont repris les négociations pour tenter d'aplanir leurs différends. «Je leur ai dit qu'ils devaient trouver une façon de régler leurs différends, faute de quoi ce sera le Parlement qui leur dictera une façon», a dit la ministre en point de presse.

«C'est le risque que courent les deux parties lorsqu'elles invitent le Parlement à régler leur conflit. [...] Nous agissons dans l'intérêt des Canadiens et de l'économie du pays. Nous voulons une reprise de la livraison du courrier le plus vite possible», a-t-elle ajouté.

Vivement opposés à la démarche du gouvernement Harper, les syndiqués ont organisé hier de nombreuses manifestations un peu partout au pays.

Postes Canada a décrété le lock-out mercredi dernier, après deux semaines de grève tournante qui lui auraient causé des pertes de 100 millions de dollars, selon les affirmations de la société d'État.

Le débat sur cette loi d'exception commencera cet après-midi aux Communes. Le gouvernement Harper compte l'adopter avant la fin de la session parlementaire, prévue jeudi. Mais il devra composer avec la vive opposition du NPD, traditionnellement proche des syndicats, ainsi que les récriminations du Parti libéral et des quatre députés bloquistes.

Le chef adjoint du NPD, Thomas Mulcair, a décrié la décision du gouvernement de s'immiscer dans ce conflit de travail. Selon lui, le gouvernement Harper se range du côté de l'employeur.

«Le gouvernement prétend être de bonne foi. Voyons voir! Notre système de négociations collectives est basé sur la bonne foi. Dans le cas de Postes Canada, c'est le gouvernement lui-même, par l'entremise d'une société de la Couronne, qui a procédé au lock-out des employés de Postes Canada. Ce même gouvernement se tourne maintenant pour montrer du doigt la situation qu'il a lui-même créée, dit qu'il faut mettre fin au lock-out qu'il a créé et va proposer une loi spéciale pour briser les droits des travailleurs», a déclaré M. Mulcair aux Communes.

Le chef du Parti libéral, Bob Rae, a abondé dans ce sens.

Par ailleurs, lock-out ou pas, plusieurs Canadiens trouveront tout de même des enveloppes dans leur boîte aux lettres ces jours-ci. En vertu d'une entente conclue bien avant le conflit, les travailleurs de Postes Canada se sont en effet engagés à distribuer les chèques gouvernementaux, comme l'aide sociale, les pensions de vieillesse et les prestations de soutien aux familles.

Selon le syndicat, près de 9000 de ses membres participent au traitement et à la livraison de plus de 2 millions de chèques ce mois-ci. Les syndiqués ne sont pas rémunérés pour livrer les chèques, mais ils recevront une somme forfaitaire de 50$.

- Avec La Presse Canadienne