Après un «fort redressement» l'hiver, l'économie canadienne devrait «se modérer quelque peu» à court terme, affirme l'OCDE, qui recommande néanmoins aux autorités monétaires de hausser les taux d'intérêt pour mater l'inflation. L'économie mondiale, quant à elle, traversera un trou d'air cette année, mais repartira de plus belle l'an prochain, prévoit l'organisme.

Mis à jour le 26 mai 2011
Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

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L'OCDE a un message pour les propriétaires immobiliers au Canada: vous ne payez pas votre hypothèque assez cher.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) suggère à la Banque du Canada de hausser son taux directeur afin de refléter la vigueur économique du pays. Résultat: les taux hypothécaires augmenteront, au grand dam des propriétaires qui n'ont pas fait geler leur taux.

«Les gens doivent être prêts, car l'ère des taux très bas est derrière nous», dit Stéfane Marion, économiste en chef de la Banque Nationale.

«La politique monétaire est actuellement très accommodante [...]. La Banque du Canada ne devrait pas trop tarder à procéder de nouveau à un resserrement, à un rythme modéré», écrit l'OCDE, un organisme international d'études économiques comptant 34 pays membres dont le Canada, dans un rapport publié hier.

Une suggestion pleine de bon sens selon plusieurs économistes. Après tout, la Banque du Canada maintient son taux directeur à 1% depuis septembre dernier. «Une hausse des taux est justifiée, car ça fait deux ans et demi qu'on a des taux inférieurs à l'inflation», dit Stéfane Marion, économiste en chef de la Banque Nationale. «Un taux directeur de 1% ne va plus avec la croissance de l'économie canadienne», dit François Dupuis, économiste en chef du Mouvement Desjardins. «Si ce n'était la dette européenne et la force du dollar canadien vis-à-vis du dollar américain, la Banque du Canada aurait déjà agi», dit Carlos Leitao, économiste en chef de la Banque Laurentienne.

Pas de hausse avant septembre?

La Banque du Canada aura une première occasion mardi prochain de mettre en pratique les conseils de l'OCDE. Les économistes en chef du Mouvement Desjardins, de la Banque Nationale et de la Banque Laurentienne s'attendent à ce que le taux directeur soit reconduit à 1%, tout comme lors de la prochaine annonce en juillet. Ils ciblent plutôt une première hausse en septembre.

D'ici un an, le taux directeur augmentera à 2% selon la Nationale, à 2,5% selon la Laurentienne et à 2,75% selon Desjardins. Des prévisions qui devraient inciter les propriétaires fonciers à geler leur taux hypothécaire, qui varie la plupart du temps en fonction du taux directeur de la banque centrale.

«Une bonne stratégie serait de geler son taux hypothécaire à long terme, dit François Dupuis, du Mouvement Desjardins. On pointe vers une hausse des taux, car l'inflation se développe et les choses se rétablissent progressivement sur le plan économique.»

En attendant la prochaine hausse de taux, les Canadiens voient leur coût de la vie augmenter. L'indice des prix à la consommation a augmenté de 3,3% sur une base annuelle le mois dernier. Sans l'énergie et les aliments, le coût de la vie a augmenté de 1,7% en avril. La mission de la Banque du Canada est de contrôler l'inflation entre 1% et 3%.

«Des pressions inflationnistes plus fortes que les prévisions de la Banque du Canada pourraient surprendre», prévient l'économiste Stéfane Marion, qui privilégie une intervention rapide de la banque centrale du pays. «Plus tu interviens vite, moins ce sera agressif», dit-il.

Tributaire de la Fed

Si la Banque du Canada hésite à combattre l'inflation, c'est un peu à cause de son homologue américain, la puissante Réserve fédérale, qui ne devrait pas hausser son taux directeur avant 2012. Toute nouvelle hausse du taux directeur canadien qui n'est pas suivie aux États-Unis et en Europe provoquera une appréciation du huard en raison de l'intérêt des investisseurs étrangers. «La Banque du Canada ne peut pas attendre la Fed en 2012, mais elle va tenter de retarder le plus possible les hausses de taux», dit l'économiste Carlos Leitao.

Selon Stéfane Marion, la Banque du Canada n'aura bientôt plus le choix de suivre la recommandation de l'OCDE, quitte à laisser le huard s'apprécier. «La Banque du Canada attend le changement de rhétorique de la Fed, mais plus tu attends, plus tu continues à stimuler ton économie artificiellement avec des taux très bas alors que la structure de l'économie ne le justifie plus», dit l'économiste en chef de la Banque Nationale.

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L'OCDE recommande...

... pour les États-Unis: conclure un plan crédible d'assainissement budgétaire à moyen terme

... pour le Japon: hausser les impôts et baisser les dépenses gouvernementales

... pour l'Allemagne: continuer de réduire le déficit

... pour la France: améliorer l'efficacité du secteur public, limiter les dépenses en santé et hausser les impôts

... pour la Grèce: contrôler rigoureusement les dépenses et lutter davantage contre la fraude fiscale

... pour le Portugal: réformer les lois du travail et la fiscalité

... pour l'Irlande: baisser les salaires pour améliorer la productivité

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Les prévisions de l'OCDE

Par l'AFP

PARIS - Voici les prévisions de croissance, de chômage et de déficit public pour 2011 et 2012 pour les principaux pays del'OCDE. Les chiffres entre parenthèses sont ceux des précédentes prévisions établies en novembre.

Croissance 2011-2012

Monde +4,2% (+4,2%) +4,6% (+4,6%)

OCDE +2,3% (+2,3%) +2,8% (+2,8%)

États-Unis +2,6% (+2,2%) +3,1% (+3,1%)

Japon -0,9% (+1,7%) +2,2% (+1,3%)

Zone euro +2,0% (+1,7%) +2,0% (+2,0%)

Canada +3,0% (+2,3%) +2,8% (+3,0%)

Chômage

OCDE +7,9% (8,1%) +7,4% (+7,5%)

États-Unis +8,8% (+9,5%) +7,9% (+8,7%)

Japon +4,8% (+4,9%) +4,6% (+4,5%)

Zone euro +9,7% (+9,6%) +9,3% (+9,2%)

Canada +7,5% (+7,8%) +7,0% (+7,4%)

Déficit public (% du PIB)

OCDE 6,7% (4,6%) 5,6% (3,5%)

États-Unis 10,1% (8,8%) 9,1% (6,8%)

Japon 8,9% (7,5%) 8,2% (7,3%)

Zone euro 4,2% (4,6%) 3,0% (3,5%)

Canada 4,9% (3,4%) 3,5% (2,1%)