N'en déplaise aux manufacturiers exportateurs, le dollar canadien flirtera avec la parité toute l'année. «Le dollar évolue en fonction des prix des matières premières et c'est la demande chinoise qui les détermine au bout du compte», affirme Maurice Marchon.

Publié le 4 déc. 2010
Rudy Le Cours LA PRESSE

Il ne le croit pas surévalué malgré le fait que le déficit du compte courant s'aggrave de trimestre en trimestre. Pourtant, c'était un surplus répété de l'ensemble des échanges de biens, de services et de capitaux canadiens avec le reste du monde qui avait permis son ascension jusqu'à la parité de 2003 à 2007.

À son avis, il faut beaucoup de temps pour que la balance du compte courant se répercute sur la monnaie.

«C'est une petite bombe à retardement quand la monnaie est trop chère, concède François Dupuis. Ça limite en plus les hausses de taux que peut faire la Banque du Canada pour ne pas l'apprécier davantage.»

Stéfane Marion, croit que les entreprises canadiennes sont capables de concurrencer dans le monde, même avec une monnaie forte. «Le problème, c'est qu'on s'est spécialisé dans deux secteurs en crise, précise-t-il. Il n'y a pas de demande pour les maisons (produits forestiers) ni pour les autos» aux États-Unis.

Carlos Leitao ajoute qu'il existe une prime dans le huard, associée au potentiel des sables bitumineux. «Si on ne les développe pas, alors le dollar canadien pourrait faiblir.»

Rotation des placements

Les taux obligataires à longue échéance vont inexorablement monter des deux côtés de la frontière pour mieux refléter les attentes inflationnistes. Autrement dit, les intervenants des marchés croient que la Fed est en train de gagner sa lutte contre les risques de déflation.

Cela va entraîner des conséquences considérables dans les politiques de placements des portefeuilles institutionnels et dans la gestion de la dette des gouvernements pour qui emprunter va coûter plus cher.

«Il faut s'attendre à des pertes de capital dans les portefeuilles obligataires, prévient Maurice Marchon. Si les capitaux se déplacent, alors il existe beaucoup de potentiel sur les marchés boursiers.»

«Cette reprise est jusqu'ici atypique. Les gestionnaires de portefeuille ont peur d'aller sur les marchés boursiers», renchérit François Dupuis.

En parquant des dizaines de milliards dans les obligations gouvernementales américaines et canadiennes, les investisseurs ont contribué à la faiblesse des taux d'intérêt. Ça pourrait vite changer.

Une poussée des taux obligataires n'est pas sans conséquence pour les consommateurs ou les entreprises.

«Les emprunteurs devront se montrer prudents», prévient Carlos Leitao.

C'est le temps de refaire son budget et de penser à geler son prêt hypothécaire, si on est serré.