Aux prises avec des revenus en déclin, des profits en baisse de moitié depuis un an et une marge de profits anémique de 1,0%, l'industrie canadienne de l'aérospatiale vit ses pires moments depuis six ans. Si bien qu'il faudra attendre jusqu'en 2015 avant qu'elle génère ses revenus d'avant la récession, selon un rapport du Conference Board du Canada.

Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

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Malgré tout, le ministre québécois du Développement économique, Clément Gignac, n'est pas inquiet pour l'avenir de l'une des industries phares de la province. «Sans minimiser la situation, nous avons quand même des entreprises qui font des profits après la pire crise financière en plus de 60 ans», a dit le ministre Gignac en entrevue à La Presse Affaires.

Les revenus des entreprises aérospatiales du pays ont chuté de 6,7% cette année, à 14,8 milliards de dollars. Il faut remonter à 2004 afin de trouver une année aussi peu lucrative, avec un chiffre d'affaires de 14 milliards. Moins de revenus, donc forcément moins de profits. Ceux-ci ont diminué de 47,2% au cours de la dernière année, passant de 287 millions en 2009 à 152 millions en 2010.

«Les derniers chiffres sont décevants, mais je ne suis pas surpris, dit le ministre Gignac. Le secteur aérospatial est généralement en décalage de 18 mois avec le cycle économique en raison des délais de construction. Ce qui m'encourage, c'est que nos grandes entreprises ont investi en R&D durant la récession. Pratt&Whitney a investi 1 milliard à Mirabel, CAE a investi 300 millions et Bombardier a la CSeries.»

À qui la faute pour le ralentissement de ce secteur-clé de l'économie québécoise? En grande partie aux grandes entreprises et aux riches qui ne renouvellent pas leur avion privé. «C'est moins cher d'acheter un avion usagé que d'en commander un neuf», dit Michael Burt, directeur associé aux tendances économiques industrielles du Conference Board du Canada.

Selon le Conference Board, l'aviation commerciale se remet relativement bien de la récession mondiale, mais les commandes en aviation d'affaires et en équipement militaire tardent à reprendre.

L'industrie aérospatiale - qui inclut autant les avions que les satellites - emploie 62 300 personnes au pays, soit une baisse de 3400 personnes (-5,2%) par rapport à 2009. Le Québec représente environ les deux tiers de l'industrie canadienne, soit environ 41 500 employés. Bombardier, CAE, Pratt&Whitney et Bell Helicopter Textron représentent 90% du chiffre d'affaires de l'industrie québécoise. Bombardier, qui publie ses résultats trimestriels demain, n'a pas voulu commenter l'étude du Conference Board.

Même si son industrie vit ses pires moments depuis 2004, le PDG de l'Association québécoise de l'aérospatiale, Jacques Saada, est d'un «optimisme prudent». «Nous avons traversé des années difficiles en 2009 et 2010, mais nous voyons des signes clairs de reprise. Les derniers chiffres sur le nombre de voyageurs sont encourageants et il faudra construire 27 000 avions commerciaux d'ici 2027», dit-il en entrevue à La Presse Affaires de Toulouse, où il passe la semaine avec une dizaine de PME québécoises à la convention d'affaires Aeromart Toulouse.

L'industrie aérospatiale devra tout de même continuer d'affronter un sérieux vent de face en 2011: la force du dollar canadien. Selon Michael Burt, du Conference Board, le huard est l'un des principaux responsables de la détérioration de la marge de profit des entreprises aérospatiales depuis 10 ans. Celle-ci est passée de 12,3% en 2001 à 1,0% en 2010. Le creux de 0,9% a été atteint en 2009.

Le Conference Board prévoit que la marge de profit des entreprises doublera à 2,0% en 2011 et atteindra 2,5% en 2015. Cette année-là, les revenus devraient atteindre 19,1 milliards, soit un niveau supérieur aux revenus de 18,5 milliards en 2008.