Sans surprise aucune, la Banque du Canada a reconduit hier pour la sixième fois son taux directeur à son niveau plancher de 0,25%. Elle s'engage toujours à maintenir ainsi le taux cible de financement à un jour jusqu'à la fin de juin «sous réserve des perspectives d'inflation».

Rudy Le Cours LA PRESSE

Il a été fixé à ce creux historique en avril dernier, au moment où tous les banquiers centraux déployaient des moyens extraordinaires et inédits pour juguler la pire crise financière en 70 ans. Cette crise, qui a moins frappé le Canada, est aujourd'hui résorbée, tandis que la récession a officiellement pris fin l'été dernier.

La Banque admet d'ailleurs que les perspectives économiques dans le monde sont meilleures que ce qu'elle entrevoyait l'automne dernier et que la progression des prix «a été légèrement supérieure aux pronostics au cours des derniers mois».

«C'est peut-être le premier signe avant-coureur d'un changement de biais à venir au cours des prochains mois», pensent Derek Holt et Karen Corders, économistes chez Scotia Capitaux, qui se sont prêtés à un exercice de décryptage des deux derniers communiqués de la Banque.

Toutefois, les autorités monétaires estiment que la force relative du dollar canadien ainsi qu'une offre excédentaire substantielle freineront les pressions inflationnistes à court et moyen termes. La Banque s'attend toujours à ce que le taux annuel d'inflation revienne à sa cible de 2% durant l'été 2011.

«Le ton du communiqué semble quelque peu plus optimiste, observe Martin Lefebvre, économiste principal chez Desjardins. Avec la Réserve fédérale montrant peu d'empressement à resserrer sa politique monétaire, la Banque pourrait bien devoir reporter ses hausses de taux au dernier trimestre de 2010 afin de ne pas propulser le huard vers de nouveaux sommets.»

Comme le réitérait lundi le secrétaire général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, la Banque est d'avis que la reprise mondiale repose avant tout sur les mesures exceptionnelles de détente monétaire et budgétaire. Elle estime que ce n'est pas avant l'an prochain que le secteur privé deviendra «l'unique moteur de la progression de la demande intérieure».

«Cela suggère que des hausses de taux prématurées pourraient faire dérailler la croissance», analyse Diana Petramala, économiste à la Banque TD. L'institution torontoise croit que les autorités monétaires commenceront à serrer la vis à l'automne seulement.

La faible croissance de l'économie canadienne au troisième trimestre (0,4% en rythme annualisé) oblige la Banque à modifier quelque peu son scénario de croissance. L'économie se serait contractée de 2,5% l'an dernier (en octobre, elle estimait le repli à 2,4%). Cette année, elle devrait progresser de 2,9% (au lieu de 3,0%) et l'an prochain, de 3,5% (au lieu de 3,3%).

Ces projections collent d'assez près aux nouvelles prévisions du Conference Board du Canada qui table sur une augmentation de 2,8% et de 3,3% du produit intérieur brut (PIB) réel.

La TD y allait à son tour de nouvelles prévisions hier: 2,8% en 2010, mais 3,0% en 2011, ce qui à ses yeux justifie que la Banque mettra du temps à rétablir son taux directeur à des hauteurs moins accommodantes.

Encore un gain

Statistique Canada révélait hier pour sa part que son indicateur composite avancé avait augmenté de 1,5% en décembre, son septième gain mensuel d'affilée. L'agence fédérale notait que la poussée de l'indice s'apparente à celle de 1983 qui avait signalé une reprise très robuste.

Pour la Banque cependant, c'est à la fois la faiblesse de la demande américaine et la force relative de notre monnaie qui infléchissent ses chiffres de 2009 et 2010. «Il faut garder à l'esprit qu'un tiers seulement des 787 milliards de mesures de stimulation rendues possibles par l'American Recovery and Reinvestment Act a été dépensé, fait remarquer Paul-André Pinsonnault, économiste principal à la Financière Banque Nationale (FBN). Il ne faut pas exclure que la situation du marché du travail américain soit probablement bien meilleure très prochainement.» La FBN juge toujours fort possible que la Banque doive hausser son taux directeur avant la fin de juin.

Les détails de son scénario économique révisé seront connus demain avec la publication de la nouvelle édition du Rapport sur la politique monétaire. C'est là qu'on y trouvera notamment son évaluation du quatrième trimestre dernier. La majorité des économistes s'attendent à un rebond de 3,5 à 4,0% du PIB en rythme annualisé.

La prochaine date d'établissement du taux directeur est le 2 mars.