L'arrivée des véhicules électriques a propulsé le lithium au devant de la scène des technologies vertes et de l'industrie minière. Mais, encore tapi dans l'ombre, le vanadium pourrait bientôt lui voler la vedette. Et le Québec minier est très bien placé pour en tirer profit.

Hugo Fontaine LA PRESSE

En 2007, Subaru a présenté son prototype de véhicule électrique G4e. Le constructeur japonais a alors bonifié la technologie de la pile au lithium-ion en utilisant du vanadium, augmentant ainsi l'autonomie de la pile (200 kilomètres) et la vitesse de charge.

Cette nouvelle application explique en bonne partie le regain d'intérêt des sociétés d'exploration minière pour le vanadium, métal très peu connu, et inexploité en Amérique du Nord. Comme dans la filière lithium, le Québec est à l'avant-plan de ce regain, notamment avec Apella Resources.

La petite société de Vancouver (14 millions de dollars de capitalisation boursière) a principalement placé ses jetons sur deux propriétés québécoises.

Elle soutient que celle de Lac Doré, près de Chibougamau, représente le deuxième gisement du monde, avec 102 millions de tonnes de minerai.

Le vanadium est, et restera sans doute, utilisé principalement pour rendre l'acier à la fois plus fort et plus léger. Mais d'autres applications sont prometteuses.

L'élément métallique peut servir à fabriquer d'immenses piles servant à stocker l'énergie produite dans les centrales solaires ou éoliennes.

Par rapport au lithium, les piles au vanadium se chargent très rapidement, peuvent conserver leur charge pendant plusieurs décennies et neutralisent la chaleur, explique Patrick O'Brien, président et chef de la direction d'Apella.

Dans le secteur automobile, les piles qui utilisent le duo lithium et vanadium auraient aussi une plus grande capacité d'énergie.

Gisements québécois

Les trois principaux pays qui extraient le vanadium des mines, soit la Chine, la Russie et l'Afrique du Sud, représentent la presque totalité de la production minière mondiale. Mais beaucoup du vanadium utilisé comme métal de renforcement dans le secteur sidérurgique est obtenu en tant que sous-produit de la production de fer, et même de la production pétrolière.

Sauf que, dans l'industrie des piles, croit Patrick O'Brien, les fabricants voudront bâtir des relations à long terme avec des producteurs solides, qui ont le contrôle sur le produit, et non pas seulement se fier à du vanadium de source secondaire. Et les producteurs miniers sont installés dans des pays où il y a souvent des problèmes de production, notait récemment la firme de recherche CPM Group, de New York.

Apella y a vu une occasion. Elle s'est d'abord intéressée à la propriété du Lac Doré, mais des différends avec la SOQUEM sur certains titres miniers ont ralenti les ardeurs de l'entreprise.

Apella a par la suite mis la main sur la propriété Iron-T, près de Matagami. Patrick O'Brien dit avoir bon espoir que la zone minéralisée d'Iron-T puisse un jour se comparer aux 230 millions de tonnes du plus grand gisement du monde, en Afrique du Sud.

Argex est aussi dans la course pour exploiter le premier gisement de vanadium en Amérique du Nord avec sa propriété La Blache, au nord-ouest de Baie-Comeau. Mais son projet se concentre d'abord sur le titane.

Les titres d'Apella (APA) et d'Argex (RGX) s'échangent tous deux à la Bourse de croissance TSX. Ils ont clôturé respectivement à 12 cents et 31 cents vendredi.