Le milieu des affaires montréalais devra patienter quelques mois encore avant de connaître le sort de la brasserie Molson de la rue Notre-Dame, que l'entreprise envisage de moderniser sur place ou de remplacer à neuf ailleurs à Montréal. Il s'agit d'un investissement qui pourrait atteindre un demi-milliard de dollars, selon l'option choisie.

Mis à jour le 18 mai 2017
Martin Vallières et Jean-Philippe Décarie LA PRESSE

« Nous souhaitons prendre cette décision d'ici 10 à 12 semaines, idéalement avant la fin de cette année », a indiqué le président et chef de la direction de Molson Coors, Mark Hunter, à l'occasion de l'assemblée des actionnaires qui avait lieu hier à Montréal, dans le centre de réception privé de Molson de la rue Notre-Dame. La tenue de l'assemblée s'effectue en alternance avec Denver, au Colorado, où se situe le principal siège administratif mondial de Molson Coors.

À Montréal, il y a un peu plus d'un an que ce projet d'investissement brassicole majeur a été énoncé par les dirigeants de Molson Coors, avec une décision prévue à l'origine pour la fin de 2016. Selon leurs propos d'hier à l'assemblée des actionnaires, les deux options seraient « encore sur la table » pour ce projet évalué à « quelques centaines de millions de dollars » : soit moderniser de fond en comble la brasserie actuelle de la rue Notre-Dame, soit construire à neuf à un nouvel emplacement industriel ailleurs dans la région de Montréal.

Toutefois, selon des informations obtenues par La Presse de différentes sources en marge de l'assemblée, Molson Coors semble vouloir privilégier la construction d'une nouvelle usine qui intégrerait les activités de distribution qui sont actuellement localisées dans l'est de la ville, rue Dickson.

Molson Coors est locataire de ce centre de distribution et utilise des entrepôts de l'ancienne usine d'appareils électroménagers de Mabe, située de l'autre côté de la rue.

Le site de l'ancienne usine Mabe a été racheté par une entreprise de camionnage qui souhaite y installer un centre de tri, activité qui ne cadrerait toutefois pas avec la vocation industrielle de l'endroit.

Par ailleurs, ces informateurs ont indiqué à La Presse que la rénovation de l'ancienne brasserie Molson de la rue Notre-Dame serait réalisable bien que le site soit particulièrement exigu et que l'on y ait déjà maximisé les capacités de brassage en les superposant sur plusieurs niveaux.

Toutefois, la rénovation du site de la rue Notre-Dame ne permettrait pas d'intégrer les activités de distribution, ce qui constitue une préoccupation majeure pour la direction de Molson Coors, qui souhaite optimiser à la fois ses capacités de production et ses activités de logistique.

Quoi qu'il en soit, la construction d'une nouvelle brasserie représentera des investissements d'au moins 300 millions pour Molson Coors. La facture pourrait atteindre les 500 millions si l'on décide d'y ajouter la construction d'un nouveau centre de distribution.

Trimestres occupés

Quant à l'allongement de cette prise de décision, le président Mark Hunter a expliqué que le nouvel échéancier « vers la fin de cette année » était attribuable en partie à l'agenda très rempli de Molson Coors depuis quelques trimestres, avec la transaction de 12 milliards US pour l'achat complet du partenariat MillerCoors.

Cette acquisition a presque doublé la taille de tout le groupe Molson Coors, avec un chiffre d'affaires de plus de 11 milliards US et une capacité de brassage de 122 millions d'hectolitres par an.

Avec cette acquisition, Molson Coors a raffermi ses parts de marché dans le top 3 dans les marchés cibles en Amérique du Nord, en Europe de l'Est et au Royaume-Uni.

Photo André Pichette, La Presse

L'assemblée des actionnaires de Molson Coors avait lieu hier à Montréal, dans le centre de réception privé de Molson de la rue Notre-Dame.

Ainsi, la prise de décision concernant la brasserie de Montréal s'est insérée dans le « réexamen de l'ensemble de [la] chaîne d'approvisionnement [brasseries] et [du] réseau de distribution en Amérique du Nord », après la transaction de l'an dernier, a précisé M. Hunter.

« Une telle décision concerne de nouvelles capacités de brassage qui devront nous être utiles pour les 30 à 40 prochaines années au moins. Le plus important pour nous, ce n'est pas de prendre une décision rapide, mais bien de prendre la bonne décision. »

« Les deux options demeurent sur la table [rue Notre-Dame ou usine neuve ailleurs]. Nous sommes à l'étape du "stress-testing" [validation] des mérites de chaque option. Dans un cas ou dans l'autre, il s'agit d'un projet impliquant des centaines de millions de dollars en capital. Nous devons aussi nous assurer de prendre la meilleure décision selon la perspective de nos actionnaires. »

Par ailleurs, si Molson Coors décidait de délaisser sa brasserie actuelle de la rue Notre-Dame en faveur de nouvelles installations ailleurs à Montréal, le président Mark Hunter a indiqué que des activités seraient préservées dans ce lieu historique pour la brasserie Molson.

« Nous voudrions garder une vitrine commerciale et des activités de microbrasserie à caractère historique. Mais cet aspect de notre projet doit encore être discuté avec les autorités de la Ville de Montréal, étant donné que certaines sections de notre brasserie actuelle sont classées comme bâtiments patrimoniaux. »