(Toronto) Être un travailleur de l’automobile au Canada cette année a signifié vivre avec pas mal d’incertitude.

Ian Bickis La Presse Canadienne

« Il n’y a pas de stabilité », a observé Mark Sciberras, président de la section locale d’Unifor aux activités de Ford Motor à Oakville, en Ontario. « D’une semaine à l’autre, on ne sait pas si on va travailler. »

Pire au Canada

L’usine d’Oakville, comme plusieurs chaînes de montage automobiles dans le monde, a vu sa production démarrer et s’arrêter à plusieurs reprises cette année en raison de la grave pénurie de puces à semi-conducteurs causée par des problèmes de production liés à la pandémie et une augmentation de la demande d’appareils électroniques.

Cependant, à mesure que les problèmes de la chaîne d’approvisionnement s’éternisent, il est devenu évident que le ralentissement de la production au Canada est pire que celui de nombreux autres pays.

« Le Canada est manifestement durement touché », a observé Sam Fiorani, chef des prévisions mondiales de véhicules chez AutoForecast Solutions.

La production au Canada pour les 12 mois jusqu’en juillet de cette année était en baisse de 6,6 % par rapport à un an plus tôt — des niveaux qui étaient déjà faibles en raison des fermetures généralisées du printemps 2020.

En baisse au Canada, en hausse au Mexique

Pendant ce temps, le Mexique a vu sa production augmenter de 11,3 % pour l’année jusqu’en juillet, et les États-Unis ont vu leur production augmenter de 13,9 % au cours de la même période, selon AutoForecast.

Le Canada est maintenant en voie pour produire seulement environ 1,2 million de véhicules cette année, contre 1,4 million l’an dernier. Cela reste bien en deçà de la moyenne annuelle de 2,2 millions de véhicules pour la période de 10 ans prenant fin en 2019, selon un rapport du service d’études économiques de la Banque Scotia.

La production au Canada n’a pas atteint ces creux depuis 1982, lorsque l’industrie était sous le choc du triple choc d’une crise pétrolière, d’une concurrence étrangère croissante et de la pire récession en une génération.

Le Canada est particulièrement touché, a expliqué M. Fiorani, en partie parce qu’il n’y a pas beaucoup de chaînes de montage, donc lorsqu’une d’entre elles est inactive, les chiffres changent rapidement.

Les véhicules rentables priorisés

Les constructeurs automobiles accordent également la priorité aux véhicules les plus rentables lorsque vient le temps de distribuer les puces à semi-conducteurs qu’ils réussissent à obtenir, a-t-il poursuivi, et ces véhicules sont les camionnettes et les VUS.

Ainsi, la production de fourgonnettes a cessé souvent à l’usine Chrysler de Stellantis, à Windsor, en Ontario. Même scénario pour les berlines à l’usine Chrysler de Brampton, en Ontario. La production de VUS Ford Edge, à Oakville, en Ontario, a également été touchée.

« Les berlines ou les fourgonnettes à faible marge de profit écopent quand l’industrie mise sur les véhicules plus rentables », a souligné M. Fiorani.

De plus, plusieurs chaînes de montage canadiennes attendent des investissements transformateurs dans la production de véhicules électriques, ce qui, selon lui, a affecté les décisions de production.

L’usine General Motors d’Ingersoll, en Ontario, qui devrait installer une nouvelle chaîne de production de véhicules de livraison électriques l’année prochaine, est en grande partie inactive depuis février.

« Nous avons cessé nos activités le 7 février et nous sommes restés inactifs depuis, à part pour trois semaines en juin », a indiqué le président de l’usine, Mike Van Boekel.

« Ça a été très dur, surtout pour les travailleurs plus jeunes, mais évidemment, après tant de mois, nous devons juste nous remettre au travail. »

Les fournisseurs de pièces automobiles ont également ressenti le resserrement du marché, étant frappés par une série de « baisses de tension tournantes », a souligné Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces d’automobiles du Canada.

« Nous avons tous le même problème et il n’y a pas moyen d’y échapper. On ne peut pas échapper au fait que les puces électroniques jouent un rôle très très important dans les automobiles d’aujourd’hui, et de façon exponentielle à l’avenir. »

Améliorations en vue

M. Volpe a noté que, comme plusieurs, il s’attendait à ce que la pénurie se soit déjà résorbée, mais que la plupart des analystes du secteur évoquent désormais un retour à la normale au premier ou au deuxième trimestre de l’année prochaine.

Il y a déjà des signes d’amélioration. Les travailleurs de l’usine GM d’Ingersoll pourraient reprendre le travail le 18 octobre, car l’entreprise n’a pas annoncé de prolongation des mises à pied, a expliqué M. Boekel. Il a ajouté que la société avait également indiqué qu’elle ne souhaitait pas redémarrer la production de VUS Chevrolet Equinox à moins de pouvoir la maintenir.

« J’espère qu’une fois qu’on aura commencé, ce sera constant pour un bout. »

L’usine Stellantis de Windsor a également tourné pendant trois semaines consécutives après une longue pause cette année. L’usine Ford d’Oakville a repris le travail la semaine dernière, après un congé la semaine précédente.

Par ailleurs, certains constructeurs automobiles ont mieux résisté aux pénuries d’approvisionnement. Le porte-parole de Toyota, Michael Bouliane, a indiqué que même si les problèmes de chaîne d’approvisionnement avaient affecté la production dans ses usines nord-américaines, l’entreprise ne s’attendait pas à ce que cela ait un impact sur les niveaux d’emploi pour le moment.

Pourtant, l’incertitude plane toujours : les chaînes d’approvisionnement restent en désordre et la concurrence demeure intense pour les puces électroniques.

M. Fiorani a indiqué que les puces informatiques de l’industrie automobile avaient des marges bénéficiaires plus faibles, car elles doivent être construites de façon plus robuste que celles des téléphones ou de l’électronique. On ne sait donc pas exactement quelle quantité de stocks l’industrie sera en mesure d’obtenir.

Mais comme les entreprises de semi-conducteurs investissent massivement dans de nouvelles productions, il devrait y avoir un certain soulagement l’année prochaine, a-t-il ajouté.

« À ce stade, nous prévoyons (un rétablissement au) second semestre de l’année prochaine. Mais ça pourrait aller à plus tard si l’approvisionnement approprié en puces n’a pas été réservé à l’industrie automobile. »