(Washington) Les chiffres de l’emploi aux États-Unis sont restés plombés par le variant Delta en septembre, mais la reprise économique « va de l’avant » dans le pays, a assuré le président américain tout en défendant la nécessité des gigantesques plans d’investissements actuellement discutés au Congrès.

Julie CHABANAS Agence France-Presse

En septembre, 194 000 emplois ont été créés, moitié moins qu’attendu, a annoncé vendredi le département du Travail.

C’est aussi bien inférieur aux 366 000 nouveaux emplois du mois d’août. Après plus d’un million de postes créés en juin puis en juillet, le rythme avait alors déjà fortement ralenti.

Le taux de chômage, lui, recule de 0,4 point, à 4,8 %, prenant en compte les créations d’emplois en août plus élevées qu’initialement annoncé.

« Si vous regardez la tendance, c’est solide », a cependant estimé le président américain.

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Le président Joe Biden

Joe Biden en a également profité pour plaider pour ses deux gigantesques plans d’investissements, qu’il espère faire adopter et sur lesquels il compte pour assurer une croissance durable.

Les chiffres de l’emploi nous rappellent aussi que nous avons encore du travail et des investissements nécessaires à réaliser.

Joe Biden

Or, si le premier plan, sur les infrastructures, est largement soutenu à gauche comme à droite, l’autre, qui concerne des réformes sociales, est très loin de faire l’unanimité, et les négociations à venir au Congrès s’annoncent tendues.

« Trajectoire de reprise »

Il manque toujours 5 millions d’emplois par rapport à février 2020, avant la pandémie, lorsque le marché du travail était au meilleur de sa forme.

Et ce sont même, en réalité, « près de 18 millions de travailleurs qui restent touchés », relève l’économiste Elise Gould, de l’Economic Policy Institute, dans un tweet.

En plus des 7,7 millions de personnes officiellement sans emploi, elle compte en effet les travailleurs occupant un temps partiel contraint, ayant subi une baisse de rémunération, qui ont quitté le marché du travail, ou encore considérés à tort comme n’étant pas au chômage.

« Les effets du variant Delta ont persisté en septembre et semblent avoir pesé » sur l’emploi, a souligné Rubeela Farooqi, économiste en chef pour High Frequency Economics, dans une note.

Cependant, ajoute-t-elle, « le marché du travail est sur une trajectoire de reprise progressive ».

Ces données reflètent en effet la situation en début de mois, correspondant à la période de collecte des données. Les contaminations liées au variant Delta commençaient alors seulement à baisser, et menaçaient encore la réouverture complète des écoles, tandis que les allocations chômage exceptionnelles versées depuis le début de la pandémie venaient tout juste d’expirer.

« Nous pensons que [septembre] marque la fin d’une série de faibles rapports sur l’emploi », estiment aussi Lydia Boussour et Gregory Daco, économistes pour Oxford Economics.

Toujours autant de télétravail

Le taux de participation au marché du travail est stable : les chômeurs découragés et les femmes restées à la maison pour s’occuper des enfants à cause de la fermeture des écoles n’ont donc pas encore recommencé à chercher un emploi.

Mais celui des femmes « est tombé de 56,2 % à 55,9 % » entre août et septembre, alors qu’il aurait dû augmenter « à ce stade de la reprise », déplore Julia Pollak, économiste pour le site ziprecruiter, dans un tweet.

Elle relève aussi que « le 1er septembre était censé être le jour où tout le monde retournait au bureau, au lieu de cela, la part des personnes en télétravail en raison de la pandémie est stable à 13,2 % ».

Les inscriptions au chômage ont grimpé pendant les trois premières semaines de septembre, avec notamment les saisonniers dont les contrats expiraient avec la fin de l’été. L’ouragan Ida, qui a dévasté une partie de la Louisiane fin août, a également pesé.

Ces chiffres pourraient inciter la Banque centrale américaine (Fed) à patienter encore avant de commencer à réduire ses achats d’actifs, qui avaient soutenu le fonctionnement de l’économie pendant la crise.

Mais la plupart des économistes s’attendent toujours à une annonce lors de la prochaine réunion, début novembre : « les créations d’emplois sont bien conformes à ce dont la Réserve fédérale avait besoin […] ; cela débutera en novembre », affirme même Diane Swonk, cheffe économiste pour Grant Thornton.