Vous avez de bonnes idées pour rendre la vie plus difficile aux cybercriminels ? Votre entreprise doit obtenir des accréditations en cybersécurité pour solliciter des contrats ? Québec annoncera ce mardi une deuxième phase de financement d’un programme lancé en 2018, en y injectant cette fois près du double des fonds, soit 27,5 millions.

Publié le 5 oct. 2021
Karim Benessaieh
Karim Benessaieh La Presse

Ce Programme d’innovation en cybersécurité du Québec, géré par l’organisme Prompt, mis sur pied par le ministère de l’Économie et de l’Innovation, a financé 53 projets depuis trois ans. On estime que les 16 millions investis ont généré des retombées de 42 millions. Au volet d’innovation, on ajoute cette année tout l’aspect de l’homologation et de l’accréditation en cybersécurité que doivent obtenir les entreprises pour espérer percer dans ce domaine. On espère cette fois des retombées de 95 millions d’ici 2024.

« L’actualité de plus en plus brûlante de la cybersécurité donne ce renouvellement du programme, explique Frédéric Bove, directeur général chez Prompt. La sécurité était un frein au développement, maintenant, elle permet le développement. »

PHOTO FOURNIE PAR PROMPT

Frédéric Bove, directeur général chez Prompt

Diminuer le risque

Pour le volet « innovation », on financera jusqu’à 25 % du coût des projets, jusqu’à un maximum de 350 000 $. Un programme fédéral semblable permet d’aller chercher un autre 25 % des coûts. Depuis 2018, donne en exemple M. Bove, une entreprise comme IPtoki en a profité pour mettre au point sa solution qui permet à un téléphone intelligent d’authentifier un usager par son comportement. Une autre entreprise québécoise, Fortica, a pu se consacrer aux vulnérabilités des environnements infonuagiques.

« On n’est pas là pour remplacer l’investissement de capital privé : on diminue le risque, c’est plutôt un complément de l’investissement privé », précise le directeur général.

Québec se montre encore plus généreux avec le nouveau volet, celui de l’accréditation : il finance 50 % du coût des projets, toujours jusqu’à un maximum de 350 000 $ et avec une autre tranche de 25 % pouvant provenir d’un programme fédéral.

« Homologuer, être aux normes, c’est être à même de prouver qu’on a atteint un certain niveau, rappelle M. Bove. Ça vous donne accès à certains marchés, ça crée de la crédibilité. La confiance, quand vous faites des affaires, c’est essentiel. »

Dans les trois prochaines années, les projets seront évalués par un comité d’experts indépendants. « L’idée, c’est qu’on n’accepte pas n’importe quel projet, dit le directeur général de Prompt. On attend des projets extrêmement robustes, de grande qualité, avec des retombées structurantes pour le Québec. »

En retard

Prompt, un acronyme pour « Partenariat de recherche orientée en microélectronique, photonique, TIC et numérique », est un des neuf regroupements sectoriels désignés par le gouvernement du Québec. Ils agissent à titre d’intermédiaire pour le financement et ont le mandat de stimuler la recherche et développement.

« Le Québec accuse clairement un retard considérable par rapport aux bonnes pratiques en matière de cybersécurité », a déclaré par communiqué Nicolas Duguay, directeur du développement des marchés chez In-Sec-M, un des partenaires de Prompt pour ce programme. Aux États-Unis, rappelle-t-il, tous les fournisseurs de la Défense sont tenus d’obtenir une certification spécifique en cybersécurité. « De telles exigences, en 2021, devaient exister ici, pour protéger tous les secteurs névralgiques de notre économie. »