Si un document de type passeport vaccinal peut jouer un rôle de catalyseur pour la relance de l’industrie aérienne, l’uniformisation doit être au cœur de sa mise en place, fait valoir l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui souhaite pouvoir contribuer à cet effort.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Invitée par le Conseil des relations internationales de Montréal, mercredi, sa secrétaire générale, Fang Liu, dont le deuxième mandat viendra à échéance à la fin juillet, a discuté de ce thème pendant une bonne partie de l’évènement en plaidant pour une collaboration à l’échelle internationale.

« J’espère qu’il y aura une étroite coopération avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les pays et l’industrie afin d’établir un groupe de travail afin de faciliter les déplacements à travers le monde grâce à un document sécuritaire et facile à utiliser », a-t-elle notamment affirmé dans le cadre de ses échanges avec le président-directeur général d’Aéroports de Montréal (ADM) Philippe Rainville.

S’il peut paraître attrayant dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le concept ne fait pas encore consensus.

En avril dernier, le comité d’urgence de l’OMS s’était montré défavorable à l’idée pour les voyageurs internationaux. Au Canada, le ministre des Affaires étrangères Marc Garneau avait indiqué à La Presse, plus tôt ce mois-ci, que le gouvernement Trudeau examinait « très, très sérieusement » le dossier. Mais aux États-Unis, l’administration Biden n’est pas chaude à l’idée.

Mme Liu a exprimé le souhait d’une approche concertée en prenant soin d’expliquer que l’OACI – l’agence onusienne chargée du transport aérien et établie à Montréal – offrait déjà des options de certificats d’authentification et de passeports électroniques à ses 193 États membres.

À son avis, l’organisation internationale peut en quelque sorte s’avérer « un collaborateur naturel » pour épauler l’OMS et d’autres instances dans l’éventualité où l’on décide que le temps est venu d’aller de l’avant.

La pandémie de COVID-19 a provoqué un effondrement du trafic aérien à l’échelle mondiale, qui s’est contracté de 60 % l’an dernier, a expliqué Mme Liu, en ajoutant que les pertes financières des compagnies aériennes atteignaient désormais près de 370 milliards US depuis mars dernier.

« Notre organisation a émis des recommandations (pour aider l’industrie), mais il s’agit d’une question délicate pour les gouvernements, qui doivent jongler avec des enjeux sanitaires, économiques et sociaux », a dit Mme Liu, qui n’a pas commenté les politiques du gouvernement Trudeau en matière de restrictions imposées aux voyageurs internationaux.

D’ici à la mise en place d’une « solution globale », plusieurs mois risquent de s’écouler. Alors que les preuves de vaccination contre le nouveau coronavirus sont différentes d’un endroit à l’autre, ce sont les voyageurs – lorsque les restrictions sont levées – qui risquent d’avoir des maux de tête à court terme, a estimé M. Rainville, en marge de l’évènement.

« C’est le court terme qui sera difficile, a-t-il dit, dans le cadre d’un point de presse en visioconférence. J’ignore combien de temps prendra cette période de transition. Cette période sera plutôt chaotique pour les voyageurs. Pour les aéroports, notre rôle sera d’être sur le plancher pour les épauler. »

M. Rainville a expliqué qu’il revenait à des instances comme l’OACI et l’OMS de collaborer et prendre les moyens pour s’assurer d’offrir une proposition qui fera consensus.

Parallèlement au concept de passeport vaccinal de voyage, la secrétaire générale de l’organisation internationale a souligné qu’en dépit des espoirs suscités par l’accélération de la vaccination dans le monde, l’aviation civile continuait d’être confrontée à beaucoup d’incertitude en raison de la pandémie.