Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

1) Un déficit budgétaire de 154,7 milliards

Cette année, le gouvernement fédéral prévoit un déficit budgétaire de 154,7 milliards en 2021-2022, soit 6,4 % du produit intérieur brut (PIB). Ottawa ne prévoit pas de plan de retour à l’équilibre budgétaire.

En 2020-2021, en raison de la pandémie qui a fait chuter les revenus et augmenté les dépenses du gouvernement, le déficit fédéral a été de 354 milliards, soit 16,1 % du PIB. Il s’agit du déficit fédéral le plus élevé (en pourcentage du PIB) depuis la Seconde Guerre mondiale (entre 17 % et 22 % du PIB de 1942 à 1945).

À l’exception de l’an dernier, le déficit budgétaire fédéral de 2021-2022 (6,4 % du PIB) est le plus important depuis la récession au début des années 1980 (entre 6,7 % et 8,0 % du PIB de 1982 à 1985).

2) Une dette fédérale de 1233 milliards

La dette fédérale est estimée à 1233,8 milliards en 2021-2022. En deux ans, elle est passée de 31 % à 51 % du PIB. Il faut remonter à 1999 (53 % du PIB) pour avoir une dette fédérale aussi lourde. Au milieu des années 1990, la dette fédérale a atteint 67 % du PIB.

3) Un plan de relance de 101 milliards en trois ans

Pour relancer l’économie canadienne durant et après la pandémie, le gouvernement Trudeau prévoit un plan de 101 milliards en trois ans. Ottawa prévoit dépenser 49 milliards en 2021-2022, 28 milliards en 2022-2023 et 24 milliards en 2023-2024. De cette somme totale de 101 milliards sur trois ans, 27 milliards sont consacrés dès cette année à des programmes d’aide à la relance pour les particuliers et les entreprises. Ottawa prolonge la nouvelle formule souple d’assurance-emploi (qui a remplacé la Prestation canadienne d’urgence) jusqu’à l’automne 2022, ainsi que la subvention salariale pour les entreprises et la Prestation canadienne de la relance économique (pour les personnes non admissibles à l’assurance-emploi) jusqu’en septembre 2021.

4) Un programme national de garderies à 8,3 milliards par an

Ottawa prévoit financer à hauteur de 8,3 milliards par an (montant en 2025-2026) un réseau de garderies publiques à faible coût administré par les provinces – un peu comme les CPE au Québec. Au Canada anglais, l’objectif est de réduire de moitié les frais de garde pour arriver à environ 10 $ par jour (au Québec, le tarif est à 8,50 $). Pour le Québec, Ottawa veut faire une « entente asymétrique » afin de financer une partie du réseau des CPE. Le réseau des CPE coûte environ 3 milliards de dollars par an au gouvernement du Québec. Si Ottawa prend 25 % de sa subvention pour compenser Québec, il verserait 2 milliards à Québec. Ottawa veut payer environ 50 % du coût public des garderies ; l’autre moitié serait payée par les provinces.

5) Un chèque unique de 500 $ pour la Sécurité de la vieillesse pour les 75 ans et plus

Presque tous les Canadiens de 75 ans et plus recevront un chèque unique de 500 $ en août 2021 par l’entremise de la Sécurité de la vieillesse. Ottawa justifie l’octroi de ce chèque unique par le fait que plusieurs aînés ont dû « assumer des coûts supplémentaires pour assurer leur sécurité » durant la pandémie. Pour recevoir cette somme (qui est imposable), il faut 1) être bénéficiaire de la Sécurité de la vieillesse (revenu inférieur à 129 260 $/an) ; 2) avoir au moins 75 ans en juin 2022. À compter de juillet 2022, Ottawa haussera de 10 % la prestation maximale de la Sécurité de la vieillesse (618 $/mois) pour les 75 ans et plus. Cette mesure augmenterait les prestations d’environ 3,3 millions de Canadiens (hausse moyenne : 766 $/an). Ces deux mesures liées à la Sécurité de la vieillesse coûteront au fédéral 1,7 milliard par an en 2021-2022 et jusqu’à 3 milliards par an en 2025-2026.

6) Du soutien pour les travailleurs à faible revenu

Ottawa bonifie ses mesures d’aide pour les travailleurs à faible revenu. Son Allocation canadienne pour les travailleurs (1400 $ pour une personne célibataire, 2400 $ pour les familles) aura des critères d’admissibilité plus larges, ce qui touchera environ 1 million de Canadiens. Pour la première fois, un travailleur à temps plein au salaire minimum pourra en bénéficier. Cette bonification de l’Allocation canadienne pour les travailleurs coûtera environ 1,7 milliard par an au Trésor fédéral. Ottawa instaure aussi un salaire minimum à 15 $ l’heure pour les entreprises dans les champs de compétence fédéraux (ex. : banques, télécoms, transport). Environ 26 000 travailleurs gagnent moins de 15 $ l’heure dans ces secteurs.

7) 600 millions par an pour des normes fédérales dans les établissements de soins de longue durée

Même si la plupart des provinces y sont opposées, Ottawa veut dépenser 600 millions par an pendant cinq ans (donc 3 milliards sur cinq ans) afin que les provinces puissent respecter de nouvelles normes fédérales en matière de soins pour les aînés dans les établissements de soins de longue durée (ex. : CHSLD). Ottawa verserait cet argent aux provinces à condition que celles-ci respectent les nouvelles normes fédérales, que le gouvernement Trudeau juge important d’implanter à la suite des manquements constatés dans les établissements de soins de longue durée pendant la pandémie de COVID-19.

8) 18 milliards sur cinq ans pour les communautés autochtones

Ottawa prévoit 18 milliards sur cinq ans pour les communautés autochtones, dont 4,7 milliards en 2021-2022. Ottawa consacrera 6,0 milliards sur cinq ans pour bâtir des infrastructures dans les communautés autochtones. Ottawa ajoute aussi 1,2 milliard cette année pour aider les communautés autochtones à lutter contre la COVID-19.